Le blog de Bruno Dubreuil

Author

bruno

bruno has 89 articles published.

L’oeil léger : le concept cool pour voir le meilleur des Rencontres d’Arles

in Exposition


Le meilleur best of des expositions des Rencontres d’Arles.

English version included below

Je n’aime pas toujours ce type qui entre dans une exposition avec l’idée d’en penser, puis d’en dire quelque chose. Avec ce côté pile ou face qui se joue dans les premières minutes de la visite pour savoir s’il est séduit ou déçu par ce qu’il a sous les yeux. Je n’aime pas toujours ce type parce qu’il a du mal à se laisser surprendre. Parce qu’il se repose trop sur ce qu’il sait et pas assez sur ce qu’il ignore. Ce type, c’est trop souvent moi.
Alors on va tout changer, essayer d’aérer son cerveau pour être plus léger et voir les choses avec un oeil vierge. Ou presque. Palmarès des expositions arlésiennes avec cet oeil léger.

Commençons par un aveu : j’ai reculé jusqu’au tout dernier moment pour voir l’exposition William Wegman. Presque lassé d’avance de voir défiler cette succession de photos de chiens anthropomorphisés. Un exercice brillant et drôle, certes, mais un peu vain. Et puis…
Il faut vous dire qu’artistiquement, je n’aime rien tant que me tromper. Sentir mes certitudes ébranlées, mes yeux se libérer de la gangue de la pensée. Pour voir, enfin. C’est ce qui s’est passé avec l’exposition Wegman.
Man Ray : c’est le nom du chien (!), un braque de Weimar (j’ai appris plus de choses sur les chiens en une exposition qu’en quelques dizaines d’années), remplacé ensuite à l’image par ses descendants. Man Ray, donc est un prodigieux mannequin. Il sait jouer de l’oeil fourbe, laisser pendre deux oreilles chaffouines, alanguir ses papattes comme une courtisane posant pour Manet ou se contorsionner comme un acrobate de cirque. Et convenons que son maître (mais qui est le maître de qui dans cette histoire ?) a quelques idées de mise en scène assez stupéfiantes.
Le duo peut ainsi passer de séries de portraits qui sont de véritables re-créations de la Comédie Humaine de Balzac (le curé, la grande bourgeoise) à des archétypes contemporains (incroyable Jay Z) tout en traversant l’histoire de la photographie (références à Walker Evans, Martin Parr, etc) pour atteindre une revisitation de figures de l’histoire de l’art. Simple, direct, érudit et visuellement riche. A un moment, ça devient prodigieux. Je vous l’ai dit, j’adore me tromper.

Les Rencontres ont fait une magnifique visite virtuelle de l’exposition William Wegman :

Heureusement, il me reste un peu de feeling. Et je n’allais pas passer un côté du travail de Paul Fusco, « RFK Funeral Train ».
Le pitch : nous sommes en 1968, Robert Kennedy a été assassiné, tout comme l’a été son frère John 5 ans auparavant. Son corps est transporté en train de New-York jusqu’au cimetière d’Arlington, à Washington. Paul Fusco est dans ce train et il photographie, comme en un long travelling aussi mémoriel que sociologique, les américains qui ont guetté le convoi ou se sont immobilisés à son passage. Un portrait de l’Amérique au passage, a contrario de toute image arrêtée puisque chaque image s’efface pour laisser la place à la suivante.
Projet simple et puissant qui se déploie ensuite en deux autres volets, puisque Rein Jelle Terpstra met en espace des documents d’américains anonymes liés à ce même évènement : photos amateures, extraits de journal intime, lettres ou films super 8 dévoilent un contrechamp du passage du train. S’y révèlent les émotions aussi bien que l’hommage éphémère et le sentiment communautaire. Le grand absent reste toujours le corps du mort, ou tout au moins le cercueil. Les deux points de vue (Celui de Fusco et celui des « spectateurs ») se tiennent dans une forme d’abstraction, même si on peut aussi lire en filigrane une métaphore de la mort comme passage, un instant suivie des yeux par les vivants.
Avec le troisième volet, arrivent les moyens du cinéma, à travers le film de Philippe Parreno. Même point de vue que celui de Paul Fusco, caméra embarquée à bord du train. Mais l’apport de la bande-son de cliquètements métalliques (peut-on entendre ces rythmes oppressants sans penser au Shoah de Claude Lanzmann ?) et les différentes temporalités induites par le défilement de l’image (plans fixes, travellings, ralentis) semblent caractériser chaque vie singulière apparaissant un instant à l’écran au regard du bloc de silence qui passe devant leurs yeux. Nous voyons chaque existence voyant son propre éloignement final. Une émotion envoûtante.

A propos d’oppression, on aimerait un espace un peu moins confiné pour les sélectionnés du Nouveau Prix Découverte 2018, qui constitue toujours un des moments les plus attendus des Rencontres d’Arles. Pour passer efficacement d’un univers à l’autre, il faut savoir se ménager des silences, des respirations. Plusieurs projets souffrent de manque de recul et de hauteur et évidemment, c’est aussi le spectateur qui se trouve pris dans ces accrochages trop denses.
Malgré cela, nous avions d’entrée craqué sur le travail de Paulien Oltheten (la lauréate de ce Prix), engagée dans une sorte de street photography performative dans le quartier de La Défense. Entre petites traces du quotidien (relire Michel de Certeau), étude comportementale et recherche anthropologique, le tout avec humour, dans un dispositif de monstration efficace.

Enfin, à quelques mètres, il y a « le geste Thomas Hauser » : rapprochements de matières, de textures et d’images intensément féconds. Ça frotte, ça résonne, ça murmure et … ça me parle. Un truc qu’il va falloir résoudre Thomas : j’ai terriblement envie de toucher la pierre, passer mon doigt le long de l’arête du verre, sentir la poussière de marbre. Tout cela est si tactile…

Le palmarès expos de Olenka Carrasco :

1) « Au delà de la photo, la folie » d’Adel Abdessemed, mise en scène plutôt beaux-arts, exposition qui nous plonge dans la tête d’un artiste peu conventionnel.

 

2) « Une colonne de fumée », une belle découverte, regard sur le scène contemporaine turque. Beau montage d’expo : on avait l’impression d’être à Istanbul, soit au milieu de manifestatiosn avec les vidéos du collectif Akina, soit dans la précarité sordide de la nuit grâce à Çagdas Erdogan.

 

3) L’exposition de Jonas Bendiksen, « The Last Testament », « le documentaire bien fait », un sujet aussi effrayant que fascinant.

Le palmarès expos de Silvy Crespo :

1) L’expo « projection qui te prend aux tripes »: Clément Cogitore à l’église Saint-Blaise. Quand le krump et Rameau se mélangent devant la caméra du talentueux Clément Cogitore, cela donne une expérience primitive intense qui te dresse tous les poils sur le corps. A voir et à revoir, sans fin!

2) L’expo découverte: Taysir Batniji, artiste franco-palestinien qui nous invite à découvrir sa famille éparpillée dans le monde. Il interroge la notion de foyer. Que reste-t-il du foyer dans l’exil?

3) L’expo « je ne sais pas ce que je regarde mais je kiffe »: avec Christo & Andrew,je suis déstabilisée. Je ne sais pas ce que je regarde, ni pourquoi. Je suis aux antipodes de mes zones de confort visuel mais je « kiffe ». Alors laissez-vous embarquer dans cet univers déjanté, le temps d’une visite au Ground Control.

 

English version

The light eye: the cool concept to see the best of the Rencontres d’Arles

I don’t always like this guy who walks into an exhibition with the idea of thinking about it and then saying something about it. With this coin toss that is played in the first minutes of the visit to find out if he is seduced or disappointed by what he has before his eyes. I don’t always like this guy because he has a hard time being surprised. Because he relies too much on what he knows and not enough on what he doesn’t know. This guy, it’s too often me.
So we’ll change everything, try to air our brain to be lighter and see things with a blank eye. Or almost. Arles exhibitions palmarès with this light eye.

Let’s start with a confession: I went back to the very last moment to see the William Wegman exhibition. Almost tired in advance of seeing this succession of photos of anthropomorphic dogs. A brilliant and funny exercise, certainly, but a little vain. And then…
I must tell you that artistically, I love nothing as much as to be wrong. Feel my certainties shaken, my eyes free from the thought. To see, finally. That’s what happened with the Wegman exhibit.
Man Ray: that’s the name of the dog (!), a Weimar dog (I learned more about dogs in an exhibition than in a few decades), then replaced in the image by his descendants. Man Ray is a prodigious model. He knows how to play the deceitful eye, let two chaffouine ears hang, alanguish his legs like a courtesan posing for Manet or contort himself like a circus acrobat. And let’s agree that his master (but who is whose master in this story?) has some pretty amazing staging ideas.
The duo can thus pass from series of portraits which are real re-creations of Balzac’s Comédie Humaine (the priest, the great bourgeois) to contemporary archetypes (incredible Jay Z) while crossing the history of photography (references to Walker Evans, Martin Parr, etc) to reach a revisitation of figures of art history. Simple, direct, scholarly and visually rich. At some point, it gets amazing. I told you, I love to be wrong.

Fortunately, I still have a little feeling. And I wasn’t going to miss Paul Fusco’s work, « RFK Funeral Train ».
The pitch: we are in 1968, Robert Kennedy was murdered, just like his brother John was five years ago. His body was transported by train from New York to Arlington Cemetery in Washington. Paul Fusco is on this train and he photographs, as in a long travelling as memorable as sociological, the Americans who have watched the convoy or have stopped in its passage. A portrait of America in passing, a contrario of any still image since each image fades to leave the place to the next.
A simple and powerful project that then unfolds in two other parts, since Rein Jelle Terpstra puts into space anonymous American documents linked to the same event: amateur photos, diary excerpts, letters or super 8 films reveal a reversal of the train’s passage. Emotions are revealed as well as ephemeral homage and community feeling. The great absent always remains the body of the dead, or at least the coffin. The two points of view (that of Fusco and that of the « spectators ») are held in a form of abstraction, even if one can also read in filigree a metaphor of death as a passage, a moment followed by the eyes of the living.
With the third part, comes the means of cinema, through Philippe Parreno’s film. Same point of view as Paul Fusco’s camera on board the train. But the contribution of the soundtrack of metallic clicks (can we hear these oppressive rhythms without thinking of Claude Lanzmann’s Shoah?) and the different temporalities induced by the scrolling of the image (fixed shots, travellings, slowdowns) seem to characterize each singular life appearing for a moment on the screen in front of the block of silence that passes before their eyes. We see each existence seeing its own final distance. A bewitching emotion.

Speaking of oppression, we would like a little less confined space for those selected for the New Discovery Prize 2018, which is still one of the most awaited moments of the Rencontres d’Arles. To pass effectively from one universe to another, it is necessary to know how to spare silences, breaths. Many projects here suffer from a lack of distance and height and obviously it is also the spectator who is caught in these too dense exhibitions.
Despite this, we had a crush on the work of Paulien Oltheten (the winner of this award), engaged in a kind of street performative photography in the district of La Défense. Between small traces of everyday life (reread Michel de Certeau), behavioural study and anthropological research, all with humour, in an effective installation.


Finally, a few metres away, there is « Thomas Hauser’s gesture »: bringing together materials, textures and intensely fertile images. It rubs, it sounds, it whispers and… it speaks to me. Something Thomas will have to solve: I have a terrible urge to touch the stone, run my finger along the edge of the glass, smell the marble dust. It’s all so tactile…

Olenka Carrasco’s show list :

1) « Beyond photography, madness » by Adel Abdessemed, a rather fine art production, an exhibition that plunges us into the head of an unconventional artist.

 

2) « A column of smoke », a beautiful discovery, look at the contemporary Turkish scene. Nice exhibition set-up: we had the impression of being in Istanbul, either in the middle of demontatiosn with the videos of the Akina collective, or in the sordid precariousness of the night thanks to Çagdas Erdogan.

 

3) Jonas Bendiksen’s exhibition, « The Last Testament », « the well-made documentary », a subject as frightening as it is fascinating.

 

Silvy Crespo’s exhibition list :

1) Clément Cogitore at Saint-Blaise church. When krump and Rameau mix in front of the camera of the talented Clément Cogitore, it gives an intense primitive experience that raises all the hair on your body. To see and to see again, endless!

2) The discovery exhibition: Taysir Batniji, Franco-Palestinian artist who invites us to discover his family scattered around the world. He questions the notion of home. What remains of the home in exile?

3) The exhibition « I don’t know what I look at but I like it »: with Christo & Andrew, I am destabilized. I am at the antipodes of my visual comfort zones but I love it. Then let yourself be embarked in this crazy universe, the time of a visit to Ground Control.

Le meilleur de nos VOIES OFF

in Découvertes et tendances

Palmarès commenté de nos meilleurs portfolios arlésiens vus et lus aux Voies Off.

English version included below

Ah, les lectures des Voies Off, véritable institution des Rencontres d’Arles ! D’un côté, l’expert déshydraté qui guette le moindre coin d’ombre de la Cour de l’Archevêché. De l’autre, le jeune photographe dont on ne saurait dresser un profil exact : il est parfois quasi vierge de tout contact avec le milieu photographique et s’avance avec prudence, voire naïveté. Mais il peut aussi avoir une pratique déjà mûre. Il n’est pas forcément jeune. Parfois estonien ou coréen, propulsant certaines lectures dans un dépaysement revigorant. Plein d’enthousiasme ou un peu confus. Bref, il est plusieurs.

Mais il y a une qualité que partagent toutes et tous ces photographes : un certain courage. Parce que toutes et tous ont fait un bilan de leur travail, ont tenté d’articuler un discours pour l’accompagner et acceptent de présenter leurs photos devant le jugement et les commentaires de leurs interlocuteurs.

Alors, cette chronique leur est dédiée tout spécialement : ViensVoir a choisi de publier des extraits des 5 meilleurs portfolios qui lui ont été présentés au cours de cette semaine de lecture. Ces coups de coeur représentent des travaux qui nous ont semblé aboutis et cohérents, tant sur le fond que sur la forme ; mais il reste encore un travail d’éditing à faire pour que ces photos viennent peut-être enrichir les prochaines rencontres !

Isabeau de Rouffignac

Isabeau nous a beaucoup touchés avec son travail sur la catastrophe du Bhopal. Son langage visuel précis, poétique et dur à la fois, nous a impressionnés.

Afroz Jahan – 29 ans. Elle a bu pendant plusieurs années de l’eau contaminée et aujourd’hui ne peut pas avoir d’enfant. Elle est institutrice à l’Orya Basti, (quartier de Bhopal) depuis deux mois. Sa mère, intoxiquée elle aussi, a perçu une compensation financière de 25 000 roupies (310 euros). En arrière plan, l’usine désafectée. ©Isabeau de Rouffignac
Mahendra Soni – 48 ans. Cette nuit là, Ratna, sa sœur ainée a pensé que les brûlures qu’elle ressentait étaient dues à des gaz lacrymogènes utilisés dans le cadre d’une intervention policière. Elle a rencontré comme elle des difficultés à avoir des enfants. Elle est asthmatique et souffre de problèmes rénaux. Mahendra est laborantine. Aucune compensation financière perçue. En arrière plan, l’usine et un terrain pollué où, malgré le danger, des animaux viennent paître. ©Isabeau de Rouffignac
Lalita Bai : Elle a 24 ans en 1984, et déjà 4 enfants. Elle est aidée dans sa fuite par des voisins. Son mari est décédé d’un cancer. Intoxiquée par le gaz et empoisonnée par l’eau, elle souffre aujourd’hui de problèmes de dos. Elle n’a pas de carte de rationnement et n’a reçu aucune compensation financière. Elle n’attend plus rien du gouvernement. En arrière plan, l’usine Union Carbide en ruine. ©Isabeau de Rouffignac

Fabien Fourcaud

Fabien travaille autour de la notion du simulacre de nature dans les villes et même au musée. Son travail, qui joue avec l’absence et le trompe-l’oeil est visuellement fort et exécuté avec méticulosité.

©Fabien Fourcaud
©Fabien Fourcaud
©Fabien Fourcaud

José Luis Carillo

Nous avons apprécié le travail documentaire de José Luis, lequel explore la question du territoire. Il nous a montré une série exécutée avec brio et présentant une connexion forte avec la nature. Il interroge le rapport d’une petite communauté espagnole vivant en autarcie avec son environnement.

©José Luis Carillo
©José Luis Carillo
©José Luis Carillo

Fanny Rezig

Nous avons eu un coup de coeur pour cette série intimiste qui se développe en deux chapitres et qui raconte l’histoire d’un amour qui finira mal. Nous n’avons qu’une hâte : voir le chapitre 3 !

©Fanny Rezig
©Fanny Rezig
©Fanny Rezig

Matjaz Rust

Matjaz nous ouvre les portes de la diaspora Slovène aux Etats-Unis, en Australie et en Argentine. Qu’est ce que l’on garde de sa culture d’origine lorsque l’on quitte son pays ? Une série bien exécutée.

©Matjaz Rust
©Matjaz Rust
©Matjaz Rust

Et nous avons tenu à remettre une mention spéciale à Francis Jalain. A travers lui, nous avons voulu récompenser ces routards de la photo qui  ne sont plus tout à fait de jeunes photographes mais jouent le jeu de ces lectures et acceptent de voir leur pratique critiquée et questionnée, parfois par des lecteurs beaucoup plus jeunes.

Alors certes, déceler des micro-paysages dans les traces de patine ou d’usure de murs ou de matières naturelles n’est pas tout à fait nouveau. Mais de notre côté, il nous semble que pour ces images, le plan large est presque plus riche que le plan rapproché : il le contient et le remet en scène dans un paysage différent, décalé. Comme si la banalité d’un lieu recélait toujours des diamants potentiels. Une réflexion que Francis a su accueillir avec intérêt, avant de nous régaler de quelques histoires de sa bio de photographe.

©Francis Jalain
©Francis Jalain

Une seule conclusion après ces journées de lectures : amis photographes, travaillez votre portfolio en profondeur, votre discours aussi, et lancez-vous pour le montrer !

Article de l’équipe de rédaction de ViensVoir

Le site des Voies Off ici.

Our best portfolio reviews at the VOIES OFF

Ah, the portfolio reviews at the Voies Off  in Arles! On the one hand, the dehydrated expert who watches out for the slightest shadow of the Cour de l’Archevêché. On the other hand, the young photographer, whose exact profile cannot be drawn up: he is sometimes almost devoid of any contact with the photographic milieu and advances with caution, even naivety. But he may also have a mature practice. He’s not necessarily young. Sometimes Estonian or Korean, propelling certain readings into an invigorating exoticism. Full of enthusiasm or a little confused. Anyway, there are several.

But there is one quality that all these photographers share: a certain courage. Because everyone has reviewed their work, has tried to articulate a speech to accompany it and agrees to present their photos before the judgment and comments of their interlocutors.

So, this column is especially dedicated to them: ViensVoir has chosen to publish excerpts from the 5 best portfolios presented during this week’s reading. These favorites represent works that seemed successful and coherent, as much on the content as on the form but there is still editorial work to do so that these photos may enrich the next meetings ! Ranking list with comments.

Isabeau de Rouffignac 

Isabeau touched us a lot with her work on the Bhopal disaster. Her precise visual language, poetic and hard at the same time, impressed us.

Fabien Fourcaud 

Fabien works around the notion of the simulacrum of nature in cities and even in museums. His work, which plays with absence and trompe-l’oeil is visually strong and meticulously executed.

José Luis Carillo

We appreciated the documentary work of José Luis, who explores the question of territory. He showed us a series executed with brio and presenting a strong connection with nature. He questions the report of a small Spanish community living in autarky with its environment.

Fanny Rezig

We had a crush for this intimist series which develops in two chapters. We have only one hurry: see chapter 3!

Matjaz Rust

Matjaz opens the doors of the Slovenian diaspora to the United States, Australia and Argentina. What do you keep of your culture of origin when you leave your country? A well executed series.

And we wanted to give a special mention to Francis Jalain. Through him, we wanted to reward these seniors who play the game of these readings and accept to see their practice criticized and questioned, sometimes by much younger readers.

So certainly, to detect micro-landscapes in the traces of patina or wear of walls or natural materials is not of a mad originality. But on our side, it seems to us that for these images, the wide shot is almost richer than the close shot: it contains it and puts it in scene in a different landscape, shifted. As if the banality of a place always concealed potential diamonds. Francis welcomed this reflection with interest.

Only one conclusion after these days of reading: friends photographers, work your portfolio in depth, your speech too, and launch yourself to show it!

Le spectateur intelligent : l’effet Batia Suter

in Exposition
BATIA SUTER – Radial Grammar | LE BAL

 

L’exposition de Batia Suter au BAL est-elle le must de l’été ?

English version included below

La programmation du BAL prend toujours des directions inattendues et c’est pour ça qu’on l’aime. Une ligne éditoriale qui explore l’image sous toutes ses formes et privilégie des manières de produire du contenu plutôt qu’une esthétique identifiée et répétée. Alors, y retrouver le travail de Batia Suter décliné en acrochage, installation et projection, c’est une stimulation à côté de laquelle on ne saurait passer.

Voir une exposition de Batia Suter, c’est toujours être surpris par des manières de travailler les images, de rejouer leur sens et de leur faire habiter l’espace.

 

Batia Suter, Radial Grammar, 2018 © Batia Suter

 

Extraction : l’image est isolée, prélevée, arrachée à son milieu. Pour déconstruire son appartenance à un univers bien identifié. Objectif : rendre à l’image ses qualités brutes, flottant quelque part entre forme, contextes possibles et signifiance.

Quelles images ? Toutes. Toutes, pourvu qu’elles se laissent plier à une quête de sens (et quelle image pourrait bien résister à cela ?) Mais à y regarder de plus près, les images de l’exposition sont plus homogènes qu’il n’y parait. Presque toutes sont en noir et blanc : schémas, diagrammes, photos tramées, comme sorties des pages d’un livre, donc déjà des représentations indirectes (ou médiatisées) de la réalité.

 

Batia Suter, Radial Grammar, 2018 © Batia Suter

La forme : le monde qui prend forme, l’évènement qui se cristallise en une forme (explosion, souffle, arborescence). Un moment de l’évolution. Archétypes du vivant. Et à travers ces formes, tracer une possible histoire du regard

Suture : rapprocher les images, les associer, les greffer l’une avec l’autre. Référence : Aby Warburg et son Atlas Mnémosyne. Objectif : commencer par débrancher la machine à l’intérieur du cerveau, cette machine à interpréter, à traduire, à construire, à faire des petites histoires avec tout ce qu’elle voit et qu’elle ne comprend pas. Pour succomber à l’hypnose.

Hypnose : retrouver le plaisir enfantin de feuilleter une encyclopédie, ne penser à rien, être dans l’émerveillement face à l’inconnu. Montage cinématographique. Une fascination.

 

BATIA SUTER – Radial Grammar | LE BAL

 

Batia Suter est cette magicienne des images, celle qui sait les mettre sous nos yeux comme si nous les voyions pour la première fois, celle qui sait les associer pour nous amuser, nous choquer, faire naître des concepts et les faire jouer entre eux.

Unir le bonheur de voir et la pensée féconde : Batia Suter embrasse toute l’histoire du monde, en quête d’une véritable archéologie du sens.

L’exposition Batia Suter – Radial Grammar se tient au BAL jusqu’au 26 août, tous les renseignements sont ici

Note : si comme moi, vous êtes littéralement fous des deux volumes de l’Encyclopédie Parallèle de Batia Suter, il vous faut découvrir deux volumes de bande dessinée, Alpha, Directions et surtout, Bêta, Civilisations 1, par un autre suisse, Jens Harder (parus chez Actes Sud BD). Démarche et projet qui ne sont pas sans rappeler ceux de Batia Suter.

 

 

 

 

English version

 

The intelligent spectator: the Batia Suter effect

Is Batia Suter’s exhibition at the BAL the summer’s must?

The programming of the BAL always takes unexpected directions and that’s why we love it. An editorial line that explores the image in all its forms and favours ways of producing content rather than an identified and repeated aesthetic. So, to find Batia Suter’s work in acrochage, installation and projection, it’s a stimulation you can’t miss.

To see an exhibition by Batia Suter is always to be surprised by ways of working with images, replaying their meaning and making them inhabit space.

Extraction: the image is isolated, taken, torn from its middle. To deconstruct his belonging to a clearly identified universe. Objective: to restore the image’s raw qualities, floating somewhere between form, possible contexts and meaning.

What images? All of them. All of them, as long as they allow themselves to be subjected to a search for meaning (and what image could resist that?) But if you look at them more closely, the images in the exhibition are more homogeneous than they seem. Almost all of them are in black and white: schematics, diagrams, raster photos, as if taken from the pages of a book, thus already indirect (or mediated) representations of reality.

Form: the world that takes shape, the event that crystallizes into a form (explosion, breath, tree). A moment of evolution. Archetypes of the living. And through these forms, to trace a possible history of the glance

Suture: bring the images together, associate them, graft them together. Reference: Aby Warburg and his Atlas Mnémosyne. Objective: start by disconnecting the machine inside the brain, this machine to interpret, to translate, to build, to make little stories with everything she sees and does not understand. To succumb to hypnosis.

Hypnosis: rediscover the childlike pleasure of leafing through an encyclopedia, thinking of nothing, being in awe of the unknown. Film editing. A fascination.

Batia Suter is this magician of images, the one who knows how to put them before our eyes as if we were seeing them for the first time, the one who knows how to associate them to amuse us, shock us, create concepts and make them play with each other.

Batia Suter embraces the entire history of the world, in search of a true archaeology of meaning.

The exhibition Batia Suter – Radial Grammar will be held at the BAL until August 26, all information is here

PS : if like me, you are literally crazy about the two volumes of Batia Suter’s Parallel Encyclopedia, you must discover two volumes of comics, Alpha and Beta, by another Swiss, Jens Harder (published by Actes Sud BD). This approach and project are not unlike those of Batia Suter.

Hibernatus en Arles

in Exposition
H+, ©>Matthieu Gafsou (1)

Est-ce le transhumanisme qui nous permettra d’aller chercher la troisième étoile ? Notre chroniqueuse, Silvy Crespo s’est greffée une puce enregistreuse pour interviewer Mathieu Gafsou : il expose aux Rencontres d’Arles le résultat de quatre années de travail sur ce sujet.

English version included below

Edmée ! Edmée !

Ce prénom délicieusement désuet c’est l’écho d’un autre temps.

Celui de la découverte de cette scène mémorable et délirante. Dans celle-ci, Louis de Funès, l’acteur qui a rempli mon enfance de fous rires, nous révèle le mélange détonnant pour survivre à une congélation prolongée : glace, whisky et glycérine ! Surtout n’essayez pas chez vous avec votre sac congélation car le résultat n’est à ce jour pas garanti.

J’avais cinq ans lorsque j’ai découvert la comédie «Hibernatus» réalisée en 1969, soit deux ans après que le Dr. Henri James Bedford ait été l’un des premiers hommes cryogénisé.

Pour celles et ceux d’entre vous qui n’auraient pas la chance de connaître cette pépite du cinéma français, le film raconte l’histoire d’un homme dont le corps, congelé depuis 65 ans, est retrouvé dans la glace du pôle Nord. L’homme se révèle être Paul Fournier, disparu en 1905 alors qu’il explorait le pôle. Il est ramené à la vie et confié à sa famille, à condition que son environnement soit le même qu’en 1905, cela afin de préserver sa santé mentale. Cette condition, et les anachronismes qu’elle génère, sera évidemment le principal moteur comique du film.

Je me souviens que, du haut de mes cinq ans, l’idée que l’on puisse revivre après avoir été congelé m’était apparue digne de mes dessins animés préférés de l’époque.

Or voilà qu’il y a quelques mois, je suis tombée sur le livre « To Be a Machine » écrit par Mark O’Connell. Je me suis alors plongée dans l’univers curieux et passionnant du transhumanisme et de la cryogénie. Pardi, des hommes et des femmes voudraient réellement être Hibernatus !

Aussi, lorsque j’ai appris que la sérié «H+» du photographe franco-suisse Matthieu Gafsou était exposée pendant les Rencontres d’Arles, je me suis naturellement empressée d’aller à la Maison des Peintres, en profitant au passage pour rencontrer l’artiste dont la poignante série «Only God Can Judge Me» m’a beaucoup marquée.

H+» aborde un sujet à la fois contemporain et vieux comme le monde : le transhumanisme, un mouvement dont l’objectif est de repousser les limites de la biologie en prétendant améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains, grâce à la science et à la technologie.

En d’autres termes, le transhumanisme aspire à repousser les limites de la condition humaine. Le corps et l’humain sont appréhendés comme une machine dont on pourrait remplacer un boulon par ci, un câble par là et cela, afin de vivre longtemps, très longtemps et pourquoi pas, indéfiniment.

H+, ©Matthieu Gafsou (2)

En filigrane, comme le rappelle Matthieu, le transhumanisme n’est jamais qu’un système parmi d’autres, destiné à permettre de faire face à l’angoisse de la mort.

Pendant quatre ans, l’artiste s’est plongé dans cet univers connu des initiés, un univers difficile à intégrer comme il le reconnaît volontiers et qui, bien qu’il se prête à la représentation, peut rapidement aboutir à des clichés moqueurs qui méconnaîtraient la complexité du sujet et des questions philosophiques, éthiques et sociétales qu’il soulève.

A première vue, la série de Matthieu Gafsou m’apparait globalisante et hétérogène, loin des travaux photographiques précis réalisés au cours des précédentes années sur le même sujet. Je pense inévitablement à la série «The Prospect of Immortality» de Murray Ballard, laquelle traite de la question très spécifique de la cryogénisation. Je pense également à «Letters from Utopia» de Daan Paans ou encore à «Grinders» de Hannes Wiedemann, ainsi qu’à l’impressionnante série «Transhuman» de David Vintiner.

J’interroge donc Matthieu sur ce choix. Il assume pleinement le caractère fragmentaire de la série, qu’il décrit comme une stratégie visuelle destinée à interpeller et à perturber le visiteur. Ainsi nous donne-t-il à voir des images cliniques d’objets banals, comme cet appareil dentaire qui, j’en suis sûre, a traumatisé l’adolescence de plus d’un. Puis il nous bouscule avec des images d’objets surprenants, comme cette prothèse crânienne qui permet à Neil Harbisson de convertir les teintes en sons.

Les formats et supports d’exposition choisis contribuent à cette perte de repères. Ainsi, le visiteur passe d’un format papier peint à de grands tirages contrecollés ou plus petits, sous verre.

H+, ©Matthieu Gafsou (3)

Le visiteur est déboussolé et cela, Matthieu s’en réjouit, encore une fois. A l’issue de la visite, un sentiment émerge : celui de se perdre dans cette tentative de fuite en avant que symbolise le transhumanisme. Il y a une surenchère de tout qui dit bien à quel point l’homme se débat avec son sort.

Alors je demande à Matthieu : «Et toi le transhumanisme, cela ne te tente pas ?». Avec ce sourire qui lui est propre, il me répond que «Non. Si je devais me faire implanter une puce, j’y insèrerai un poème, par ironie. Le transhumanisme est une béquille pour ne pas faire face à ce qui nous rend anxieux. Moi, je préfère accepter ma condition.»

Finalement, si tout cela est motivé par l’anxiété de mourir, la perspective de vivre éternellement ne causerait-elle pas encore plus d’angoisse ? Combien de temps étudierions-nous ? Combien de temps travaillerions-nous ? Comment gérerions-nous notre vie émotionnelle ? Comment la politique serait-elle gérée ? Imaginer qu’un immortel Donald Trump règnerait indéfiniment est plutôt désolant, non ?

Si, enfant, je pensais que l’histoire d’Hibernatus était séduisante, c’était probablement parce que je croyais que tout cela n’était qu’une vaste supercherie. Mais maintenant que la technologie et la science mettent en œuvre des moyens colossaux pour y parvenir, je trouve l’histoire de Paul Fournier aussi triste qu’effrayante.

Alors bien que je sois tentée de savourer un whisky glacé, je m’abstiendrai pour ne pas risquer de finir comme Paul Fournier !

Silvy Crespo est passionnée par la photographie, l’architecture et les chats. Pour ViensVoir, elle ira dénicher des coups de cœur photographiques aux quatre coins de l’Europe (et même encore plus loin).

L’exposition Matthieu Gafsou « H+ : Les Rencontres de la photographie, Arles,  à la Maison des Peintre, du 2 juillet au 23 septembre 2018

(1) Traitement orthodontique classique utilisant des appareils orthodontiques pour aligner les dents du patient. A l’origine thérapeutique, il visait à prévenir les problèmes de mâchoire ou de dentition. Aujourd’hui, il est également utilisé à des fins esthétiques, établissant les dents parfaites comme une nouvelle norme du sourire. Le passage de la correction d’une anomalie physiologique à l’amélioration de l’apparence participe à la fabrication d’une relation au corps en tant qu’objet malléable et corrigible. Implicitement, le corps peut être incomplet.

(2) Le Dr Blaise Rutschmann, chef du service d’anesthésie, d’antalgie et de neuromodulation, implantant un neurostimulateur, un dispositif médical utilisé pour traiter la douleur chronique d’origine neurologique. La neurostimulation, une impulsion électrique générée par une machine, provoque une paresthésie (engourdissement) qui altère la perception de la douleur par le patient. Il est implanté dans la moelle épinière lors d’une intervention percutanée. Ensuite, une batterie est implantée dans l’abdomen ou la partie supérieure de la cuisse et un fil (photo) relie le boîtier au générateur. Comme avec un stimulateur cardiaque, mais d’une manière plus spectaculaire, le patient est câblé, ce qui rend son corps hybride.

Centre Médical de Morges, 2 décembre 2016

(3) Neil Harbisson se considère lui-même comme un cyborg. Atteint d’achromatopsie, une forme rare de daltonisme, il s’est fait implanter dans le crâne une prothèse appelée Eyeborg qui convertit les couleurs en ondes sonores. M. Harbisson prône l’augmentation créative de l’humain et s’éloigne parfois du transhumanisme qui, selon lui, est enfermé dans des représentations stéréotypées ou commerciales. Son point de vue est plus celui d’un artiste que celui d’un disciple de la technoscience. Il est fier d’être le premier humain à apparaître avec une prothèse sur une photo d’identité.

Munich, le 15 juillet 2015

English version

Hibernatus in Arles

Edmée! Edmée!

This deliciously outdated name resonates like an echo of another time.

The discovery of this memorable and delirious movie scene. In the latter, Louis de Funès, the actor who filled my childhood with laughter, reveals the explosive mixture to survive prolonged freezing: ice, whisky and glycerin! Do not try it at home with your freezer bag because the result is not guaranteed to this day.

I was five years old when I discovered the comedy « Hibernatus« , shot in 1969, that is two years after Dr. Henri James Bedford was one of the first men to be cryogenized.

For those of you who would not have the chance to know this nugget of French cinema, the film tells the story of a man whose body, frozen for 65 years, is found in the ice of the North Pole. The man turns out to be Paul Fournier, who disappeared in 1905 while exploring the pole. He was brought back to life and entrusted to his family, provided that his environment be the same as in 1905, in order to preserve his mental health. This condition, and the anachronisms it generates, will obviously be the main comic thread of the movie.

I remember that, from the time I was five years old, the idea that we could live again after being frozen seemed to me worthy of my favorite cartoons.

A few months ago, I came across the book « To Be a Machine » written by Mark O’Connell. I decided to dive into the curious and exciting universe of Transhumanism and cryonics. Hell, men and women would really like to be Hibernatus!

Thus, when I heard that the series « H+ » of the French-Swiss photographer Matthieu Gafsou was exhibited during the Rencontres d’Arles, I naturally paid a visit to the Atelier des Peintres while taking advantage of it to meet the artist whose poignant series « Only God Can Judge Me » made a big impression on me.

« H+ » addresses a subject that is both contemporary and as old as the world: Transhumanism, a movement whose objective is to push the limits of biology by claiming to improve the physical and mental characteristics of human beings, thanks to science and technology.

In other words, Transhumanism aspires to push the limits of the human condition. The body and the human being are apprehended as a machine of which one could replace a bolt here, a cable there and that, in order to live long, very long and why not, indefinitely.

Between the lines Matthieu reminds us that Transhumanism is never but one system among others, intended to help humans cope with the anguish of death.

For four years, the artist immersed himself in this universe known by the insiders, a universe difficult to integrate as Matthieu willingly acknowledges and which, although it lends itself to photographic representation, can quickly lead to mocking clichés that ignore the complexity of the subject and the philosophical, ethical and societal questions it raises.

At first glance, Matthieu Gafsou’s series seems globalizing and heterogeneous, far from the precise photographic work done in previous years on the same subject. I inevitably think of Murray Ballard’s « The Prospect of Immortality » series, which deals with the very specific issue of cryopreservation. I am also thinking of « Letters from Utopia » by Daan Paans or « Grinders » by Hannes Wiedemann, as well as the impressive series « Transhuman » by David Vintiner.

So I ask Matthieu about this choice. He fully embraces the fragmentary character of the series, which he describes as a visual strategy designed to challenge and disturb the viewer. Thus he gives us to see clinical images of banal objects, like these braces which, I am sure, traumatized the adolescence of more than one. Then he provokes us with images of surprising objects, like this cranial prosthesis that allows Neil Harbisson to convert colors into sounds.

The sizes of the images, the way they are displayed, contribute to this feeling of disorientation. Thus, the viewer’s gaze goes from a wallpaper format to large prints and to smaller ones, displayed under glass.

The viewer is confused and once again, Matthieu accepts it. At the end of the visit, a feeling emerges: that of getting lost in this headlong rush symbolized by Transhumanism. There is an overbid of everything that shows well the extent of humans’ struggle with their fate.

Then I ask Matthieu: « And you, are you tempted by Transhumanism? ». With that smile of his, he replies: « No. If I had to get a chip implanted, I’d insert a poem, ironically. Transhumanism is a crutch to avoid facing what makes us anxious. I prefer to accept my condition. »

Finally, if all this is motivated by the anxiety of dying, wouldn’t the prospect of living forever cause even more anguish? How long would we study? How long would we work? How would we manage our emotional life? How would politics be managed? Imagining that an immortal Donald Trump would reign indefinitely is rather sad, isn’t it?

If, as a child, I thought that the story of Hibernatus was seductive, it was probably because I thought that this was a vast joke. But now that technology and science are using colossal means to achieve this, I find Paul Fournier’s story as sad as it is frightening.

So although I’m tempted to savor a glycerin-free iced whisky, I’ll abstain so as to not risk ending up like Paul Fournier!

Vente flash au rayon des dummies

in oh my photobook !

Notre photobookista, Oleñka Carrasco, a arpenté les allées du Monoprix en quête de dummies non soldés. Et elle a rempli son caddie de petites merveilles.

English version included below

Pas facile de trouver le lieu de l’exposition : me voilà dans une sorte de rally entre les rayons des vêtements soldés de Monoprix et les flèches qui me mènent à un espace vide tout d’abord, pour ensuite retrouver tous les livres nommés au Prix de Livre de l’année (et classés en 3 catégories), et le Luma Dummy Book Award.

 

 

 

Des maquettes assez classiques, peut-être moins risquées que l’année dernière, et comme chaque année, des sujets  très divers.

Entre la chaleur et la lumière peu flatteuse pour la présentation des travaux, je feuillette les dummies et je retrouve des  histoires souvent incompréhensibles : il faudrait presque une petite description pour chaque maquette. Néanmoins, je plonge, j’oublie l’extérieur, je touche ces maquettes et je me souviens de la raison pour laquelle j’aime autant ce prix : il récompense une maquette originale d’un.e photographe la plupart du temps inconnu.e. Au bout du chemin, la découverte de petites perles rares qui sont en dehors du circuit éditorial traditionnel.

Voici la sélection de mes 4 coups de coeur pour cette édition.

Bonne chance à tous les participant.e.s !

Le gagnant.e sera annoncé jeudi 05/07 à 22h au Théâtre Antique.

 

The Shibayamas, Giancarlo SHIBAYAMA

@giancarlo_shibayama , The Shibayamas

A post shared by Viens Voir (@viensvoirblog) on

 

You never told me about your time in prison, Schore MEHRDJU

@schori_dju , « You never told me about your time in prison »

A post shared by Viens Voir (@viensvoirblog) on

 

Echo, Angeniet BERKERS

@angenietberkers , « Echo »

A post shared by Viens Voir (@viensvoirblog) on

 

Lost Island, Alexandre GUIRKINGER

@alexandreguirkinger , « Lost Island »

A post shared by Viens Voir (@viensvoirblog) on

 

Écrivaine et photographe, Oleñka Carrasco met son accent au service de Viens Voir une fois par mois, pour la découverte de photobooks, livres d’artistes, livres de photo-texte, mais aussi des éditeurs indépendants. Bref, toutes les tendances de l’objet livre. Fanatique de la création d’histoires, elle sera notre guide d’exploration dans le monde des livres.

Reply to: olenkac.viensvoir@gmail.com
Suivez nous : https://www.instagram.com/olenkacarrasco/ et https://www.instagram.com/viensvoirblog

 

English version

Our photobookista, Oleñka Carrasco walked the Monoprix aisles in search of open dummies. And she filled her cart with little wonders.

Not easy to find the place of the exhibition: here I am in a sort of rally between the shelves of Monoprix’s sales clothes and the arrows that lead me to an empty space first of all, then to find all the books nominated for the Book of the Year Award (and classified into 3 categories), and the Luma Dummy Book Award.

 

 

Rather classic models, perhaps less risky than last year, and as every year, very diverse subjects.

Between the heat and the unflattering light for the presentation of the works, I leaf through the dummies and I find often incomprehensible stories: it would take almost a small description for each model. Nevertheless, I dive, I forget the outside, I touch these models and I remember why I love this prize so much: it rewards an original model of a.e photographer most of the time unknown.e. At the end of the road, the discovery of small rare pearls that are outside the traditional editorial circuit.

Here is the selection of my 4 favorites for this edition.

Good luck to all participants!

The winner will be announced Thursday 05/07 at 22h at the Théâtre Antique.

The Shibayamas, Giancarlo SHIBAYAMA

@giancarlo_shibayama , The Shibayamas

A post shared by Viens Voir (@viensvoirblog) on

you never told me about your time in prison, Schore MEHRDJU

@schori_dju , « You never told me about your time in prison »

A post shared by Viens Voir (@viensvoirblog) on

Echo, Angeniet BERKERS

@angenietberkers , « Echo »

A post shared by Viens Voir (@viensvoirblog) on

 

Lost Island, Alexandre GUIRKINGER

@alexandreguirkinger , « Lost Island »

A post shared by Viens Voir (@viensvoirblog) on

Writer and photographer, Oleñka Carrasco puts her accent at the service of Viens Voir once a month, for the discovery of photobooks, artists’ books, photo-text books, but also independent publishers. In short, all the trends of the book object. Fanatic about creating stories, she will be our guide to exploring the world of books.

Reply to: olenkac.viensvoir@gmail.com
Follow us : https://www.instagram.com/olenkacarrasco/ et https://www.instagram.com/viensvoirblog

 

Directions photographiques : analyse des nominés de la troisième édition du Prix de l’Elysée

in Découvertes et tendances
Papakente, a Ndjuka gold digger shows his rings, Chinese market in front of Grand Santi, Surinam, de la série Cham, Série Obia, 2014 © Nicola Lo Calzo

Pépites de la photographie contemporaine à travers les nominés du Prix du Musée de l’Elysée de Lausanne.

English version included below

Un prix photographique ne récompense pas seulement un(e) artiste ou un projet. Il dresse aussi un état des lieux de la création photographique : il permet d’établir la carte du champ d’action couvert par le médium tout en témoignant des différentes approches artistiques utilisées.
Car bien sûr, la photographie change. Et si toutes les démarches artistiques continuent de cohabiter (rassurez-vous, la street photography n’est pas morte), des démarches reviennent, des tendances se dégagent.

Pessaries, de la série A History of Misogyny, Chapter One, On Abortion, 2017 © Laia Abril

Ces tendances justement, posent question. Certains contempteurs y voient un phénomène de mode, d’autres une résultante de l’enseignement des écoles d’art. Mais il est permis de penser qu’elles sont aussi révélatrices de mouvements de fond, de nouvelles manières de travailler l’écriture photographique. Et comme il n’est pas rare que l’offre crée le besoin, on peut deviner que certaines tendances, notamment celle du projet photographique comme ensemble historique ou scientifique, est aussi une réponse à toutes les formes d’appel à projet (résidences, prix, expositions) qui précisément, demandent à l’artiste un projet écrit, documenté, détaillé étape par étape et budgété. L’artiste adopte une approche entrepreneuriale et cela se traduit évidemment à travers ses formes de création.

Ma mère s’appelait Rose-Marie, 1964© Claude Baechtold

Le terrain d’étude était tout trouvé puisque samedi dernier, pendant la Nuit des Images, le Musée de l’Elysée de Lausanne annonçait les huit nominés de son prix, parmi lesquels se trouverait le futur successeur de Matthias Bruggmann (à lire ici).

De ces huit nominés, dont certains ont un travail déjà bien identifié par le public européen, se dégagent donc des tendances révélatrices de la photographie contemporaine. Voyons cela d’un peu plus près. Qui sont les photographes d’aujourd’hui et comment travaillent-ils ?

Ces photographes sont avant tout des constructeurs de projets ou de récits. Leur approche est très organisée, ils se mettent presque dans la peau d’un chercheur universitaire. Ainsi Mathieu Asselin, après l’exploration de l’univers très controversé du géant des biotechnologies agricoles, Monsanto, prépare-t-il un nouveau projet sur l’histoire du VIH. Deux années de recherche, de documentation et d’écriture du projet avant même la première prise de vue. Le photographe commence par être historien, scientifique, archiviste, enquêteur : ce qui m’intéresse, ce sont les liens entre les évènements. Mon travail, c’est de faire ces connexions. Et il faut que j’aie toute l’histoire dans ma tête avant de me lancer dans la traduction photographique. En fait, j’attaque un projet comme un directeur de film. C’est un travail en équipe, une collaboration avec un écrivain, un designer, un commissaire. (Mathieu Asselin).

Choccolocco Creek, West Anniston, Alabama, from the series Monsanto A Photographic Investigation, 2012 © Mathieu Asselin

Aussi ouvert sur le monde extérieur que soit son travail, aussi désireux soit-il de rendre compte de l’histoire et de l’actualité, le photographe contemporain met souvent son intimité et son autobiographie en jeu dans son projet. Et ne croyez pas qu’il soit forcément rompu à l’exercice du discours tout préparé. Tandis qu’assis dans l’herbe sur les pentes du Musée, Luis Carlos Tovar me racontait l’histoire de son père enlevé par les FARC en Colombie, son silence sur cette épreuve et ce qu’il en restait désormais : quelques titres de livres, un herbier des plantes amazoniennes, des papillons ; tandis qu’il rêvait à ce qu’il écrirait photographiquement avec cette matière (ou avec d’autres supports que des photos), sa gorge s’est nouée plusieurs fois.

Tout ira bien, 2018 © Claude Baechtold

Et bien sûr, j’ai été très touché par le projet de Claude Baechtold : « Tout ira bien ». A la mort de leurs parents, Claude et son frère ont cherché une lettre que ceux-ci leur aurait laissée. Ils ont fouillé et classé toutes les archives familiales. Mais rien. Quand mon père a appris qu’il était atteint d’un cancer et qu’il allait mourir, il était très étonné. On est pris de court par la mort. On sait bien que tout le monde doit mourir mais on se dit … Est-ce que moi aussi je dois mourir ? ( Claude Baechtold ).

Cette histoire, Claude la porte comme l’adulte d’aujourd’hui traversé par l’enfant d’hier. Alors, vingt ans plus tard, il a décidé d’écrire cette fameuse lettre, entrecroisée de diapositives, tirages, objets liés à la photo. Une mémoire se déploie, s’invente, volette vers des futurs inaccomplis, à moins qu’ils ne soient encore en gestation. La maquette du livre est déjà très prometteuse…

Alinka Echeverria © Mathilda Olmi

Par ailleurs, les photographes contemporains continuent à explorer les possibilités physiques du médium. Alinka Echeverria travaille sur les images iconiques qui se gravent dans notre inconscient collectif. Elle se propose de les retravailler (en cyanotype) pour accentuer leur dimension d’empreinte de mémoire collective. Est-ce parce qu’elle est de nationalité mexicaine qu’elle place le soleil au centre de sa réflexion ? Toute l’énergie du monde vient du soleil. Et le cyanotype est la technique la plus proche de l’effet donné par le soleil. ( Alinka Echeverria )

Enfin les photographes d’aujourd’hui sont les témoins engagés de l’actualité. Leur appareil photo prend la parole mais ce ne sont plus forcément les images arrachés aux situations les plus extrêmes qui les attirent. Ils veulent rendre compte de la complexité des évènements du monde. Ce qu’ils nous donnent, ce sont des images-outils pour analyser, comprendre et ressentir. De sa voix douce, Nicola Lo Calzo soulève la figure de Binidittu, surnom de l’ermite Saint Benoît le More, premier saint noir de l’Eglise catholique et choisi comme saint patron de Palerme. Pour ce premier volet de son projet, Nicola prend appui sur ce saint sicilien longtemps oublié, mais dont le culte renaît aujourd’hui, pour élaborer une réflexion sur la manière dont nous accueillons et acceptons les migrants. Il se dégage de Nicola une force et un humanisme serein qui donne envie de l’accompagner : il saura nous ouvrir les yeux.

Nicola Lo Calzo © Mathilda Olmi

Car le photographe contemporain est au centre des histoires, de l’Histoire, de la Géographie et de la Politique, et surtout, parmi les vivants.




Merci au Musée de l’Elysée pour avoir organisé toutes ces rencontres avec les nominés du Prix.
Retrouvez l’ensemble des nominés ici.

English version
Photo directions: analysis of the nominees of the third edition of the Elysée Prize.

Highlights of contemporary photography through the nominees of the Prix du Musée de l’Elysée de Lausanne.
A photographic prize does not only reward an artist or a project. It also draws up an inventory of the photographic creation: it makes it possible to establish the map of the field of action covered by the medium while testifying to the various artistic approaches used.
Because, of course, photography changes. And if all artistic approaches continue to coexist (don’t worry, street photography is not dead), approaches return, trends emerge.
These trends raise questions. Some contemplatives see it as a fashion phenomenon, others as a result of art school teaching. But it can be thought that they are also revealing of background movements, new ways of working photographic writing. And as it is not uncommon that the offer creates the need, one can guess that certain trends, notably that of the photographic project as a historical or scientific whole, is also a response to all forms of call for projects (residencies, prizes, exhibitions) which precisely, require the artist a written project, documented, detailed step by step and budgeted. The artist adopts an entrepreneurial approach and this is obviously reflected in his creative forms.

The field of study was all found since last Saturday, during the Nuit des Images, the Musée de l’Elysée in Lausanne announced the eight nominees for its prize, among whom would be Matthias Bruggmann’s future successor.
From these eight nominees, some of whom have a work already well identified by the European public, emerge trends revealing contemporary photography. Let’s take a closer look. Who are today’s photographers and how do they work?

These photographers are above all builders of projects or stories. Their approach is very organized, they almost work as university researchers. Thus Mathieu Asselin, after exploring the highly controversial universe of the agricultural biotechnology giant, Monsanto, is preparing a new project on the history of HIV. Two years of research, documentation and writing of the project even before the first shooting. The photographer begins by being a historian, scientist, archivist, investigator: « What interests me are the links between events. My job is to make those connections. And I need to have the whole story in my head before I go into photographic translation. Actually, I’m attacking a project like a movie director. It’s a team effort, a collaboration with a writer, a designer, a curator. » (Mathieu Asselin).

As open to the outside world as his work may be, as eager as it is to give an account of history and current events, contemporary photographer often bring his intimacy and autobiography into play in his project. And don’t think he necessarily has a prepared speech. While sitting in the grass on the slopes of the Museum, Luis Carlos Tovar told me the story of his father kidnapped by the FARC in Colombia, his silence on this ordeal and what was left of it: some book titles, a herbarium of Amazonian plants, butterflies; while he dreamed that he would write photographically with this material (or with other supports than photos), he has been moved several times.
And of course, I was very touched by Claude Baechtold’s project: « Everything will be fine ». When their parents died, Claude and his brother looked for a letter that they would have left them. They searched and filed all the family archives. But nothing. « When my father found out he had cancer and was going to die, he was very surprised. We’re caught off guard by death. We all know that everyone must die, but we say to ourselves… Do I have to die too? » ( Claude Baechtold).
This story, Claude carries it as the adult of today crossed by the child of yesterday. Then, twenty years later, he decided to write this famous letter, intertwined with slides, prints, objects related to photography. A memory unfolds, invents itself, flies towards future unfulfilled, unless they are still in gestation. The model of the book is already very promising…

Contemporary photographers continue to explore the physical possibilities of the medium. Alinka Echeverria works on iconic images that engrave themselves in our collective unconscious. She proposes to rework them (in cyanotype) to accentuate their collective memory imprint dimension. Is it because she is of Mexican nationality that she places the sun at the centre of her life? « All the energy in the world comes from the sun. And cyanotype is the technique closest to the effect given by the sun. » ( Alinka Echeverria)

Finally, today’s photographers are committed witnesses to current events. Their camera speaks for them but it is no longer necessarily the images torn from the most extreme situations that attract them. They want to account for the complexity of world events. What they give us are images-tools to analyze, understand and feel. With his soft voice, Nicola Lo Calzo raises the figure of Biniditttu, nickname of the hermit Saint Benedict the More, first black saint of the Catholic Church and chosen as patron saint of Palermo. For this first part of her project, Nicola draws on this long forgotten Sicilian saint, whose cult is reborn today, to elaborate a reflection on the way we welcome and accept migrants. Nicola’s strength and serene humanism make us want to accompany him: he will open our eyes.

The contemporary photographer is at the centre of stories, history, geography and politics, and especially, among living people.

Thanks to the Musée de l’Elysée for organising all these meetings with the nominees for the Prize.
Find all the nominees here.

Deux photographes héroïnes de BD

in Photo et BD

La photographe est-elle l’avenir de la BD ? Réponse avec deux nouveautés à l’appui.

Voilà quelque temps que Viens Voir n’était pas allé jeté un oeil du côté de la BD. Pas toutes les BD, bien sûr : plus particulièrement celles qui touchent de près ou de loin à la photographie, ou qui sont en rapport avec un sujet traité sur le blog (un bel exemple ici), puisque pour nous, il ne fait aucun doute que le récit graphique est une forme artistique à part entière.
Et justement, paraissent en même temps deux récits dont le personnage principal est une femme photographe (j’en connais qui vont s’en réjouir) : L’Observatrice (scénario Emmanuel Hamon et Damien Vidal, dessin Damien Vidal) et Spill Zone (Scott Westerweld au scénario et Alex Puvilland au dessin), tous deux publiés chez Rue de Sèvres.

© Scott Westerweld / Alex Puvilland / Rue de Sèvres

L’année dernière avait déjà vu la publication d’un volume consacré à la reporter Sarah Caron (La Boîte à Bulles). Ce n’est pas seulement la femme-photographe qui a le vent en poupe, mais aussi la machine photographique et sa capacité à s’interposer entre le lecteur et ce qui est représenté. Où l’on retrouve toutes ces stratégies qui nous mettent en position de regarder à travers le viseur : calquer sur la case dessinée les paramètres et icônes qui apparaissent à l’intérieur du viseur. Voire même les utiliser à la manière d’un dialogue ou d’un commentaire sur l’action, comme c’est le cas dans la très efficace dernière planche de l’Observatrice.

© Emmanuel Hamon / Damien Vidal / Rue de Sèvres

Je recenserai un jour les différentes stratégies qu’utilisent les dessinateurs de BD pour faire comprendre qu’on est en train de regarder une photographie alors qu’on n’est jamais passé que du dessin au dessin (de Art Spiegelman à Alison Bechdel, nous aurons de quoi nourrir l’analyse). Dans Spill Zone, les icônes, par exemple celles figurant l’autofocus, transforment immédiatement le cadre de la case en cadre photographique et parviennent même à faire sentir des émotions qui ouvrent sur d’autres formes de langage séquentiel : la précarité menaçante de l’instant arrêté ou la limite du cadre photographique qui suggère que le danger pourrait rôder hors-champ.

Mais dans les deux récits, l’aura de l’activité photographique est bien différente.
Ainsi, dans L’Observatrice, Mathilde, jeune parisienne de 27 ans chargée un peu à la va-vite d’une mission d’observation du processus démocratique au Kirghizistan, ne semble-t-elle pas très investie dans sa pratique photographique : elle photographie un peu, ici ou là. Pratique pseudo-touristique ou mode d’entrée en contact avec le monde ? Toujours est-il que nous retrouvons, comme souvent, ce mythe qui consiste à penser qu’au bout du chemin des images, c’est toujours lui-même que le photographe finit par trouver …

© Emmanuel Hamon / Damien Vidal / Rue de Sèvres

Spill Zone, qui n’est que le premier tome d’une série prometteuse, est à cet égard beaucoup plus passionnant : la photographe vit de ses clichés, ceux d’une zone interdite car irradiée, qu’elle vend (cher, très très cher) à une galerie d’art. Risque maximum pour prendre ces photos, harnachement quasi-militaire, on est loin du gilet à poches ! L’histoire est un mélange d’enquête policière et de récit de science-fiction qui ne plaira pas qu’aux adolescents. Et puis il y a un beau photographe concurrent qui permettra peut-être d’élucider les mystères de la Spill Zone. La rivalité entre les deux photographes se nouera-t-elle en intrigue amoureuse ? Insoutenable suspens. Vite, vite, on attend la suite d’une très bonne BD au dessin tranché et nerveux.
Bonne lecture !

© Scott Westerweld / Alex Puvilland / Rue de Sèvres

Fiona Struengmann : tout ce qui se cache dans le vide

in oh my photobook !
© Fiona Struengmann, Just like you, but different

L’art intensément poétique de Fiona Struengmann autopsié par Oleñka Carrasco, qui se livre de plus en plus.

(Versión española al final del artículo en francés, english version included below)

Voici ma théorie : certains livres nous choisissent, nous sélectionnent pour être leurs lecteurs, leurs conservateurs, leurs propriétaires.
Il y a peu de choses que j’aime autant que me balader dans les foires, salons, librairies et bibliothèques pour chercher mes livres. Mais parfois, ce sont les livres eux-mêmes qui m’appellent. Ces moments rares où un livre “voyage désespérément vers toi” sont inégalables.

Telle est mon histoire avec Just like you, but different, de Fiona Struengmann.

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

Pour que ces moments se produisent plusieurs fois, il faut des complices. Ces êtres qui savent (te) lire et qui tout d’un coup te voient apparaître entre les pages d’une oeuvre. “Quand je l’ai vu, c’était toi, j’ai pensé à toi, à l’auteure qui m’a raconté son histoire et j’ai pensé que tu aimerais l’écouter… ce livre est fait pour toi.” Quel plaisir de déchirer le papier cadeau qui couvre un livre et de découvrir que quelqu’un t’a lu sans se tromper !

Quand il ne reste plus que des bouts de papier en lambeaux par terre, je découvre la couverture rigide, d’un blanc cassé immaculé, du livre de Fiona. C’est agréable au toucher. Le format de la couverture est presque un A4 et sa texture est douce. Le nom de Struengmann et celui de l’oeuvre sont gaufrés ; d’une petite fenêtre supérieure, on peut voir ce qui est peut-être les traits de quelques mains entrelacées, de couleur marron – un dessin, une photographie. L’image nous trompe, et jusqu’à maintenant, je ne peux que dire : élégance pure !

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

Mon voyage commence, je navigue parmi les feuilles immaculées d’un livre sans pagination, mais dont je possède une copie signée et numérotée (123 sur 250). A peine un texte introductif, presque une image, quelques mots et phrases seuls à l’intérieur d’un livre, à la fin. Les images sont comme des métaphores de la nostalgie, et plus encore…

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

Struengmann trouve une archive, presque par le même hasard que celui qui m’a fait trouver son livre. Un marché aux puces, un étrange personnage qui s’approche d’elle, lui dit qu’il a quelque chose pour elle, lui donne rendez-vous, un lieu, un numéro de téléphone et elle se laisse tenter. Elle se retrouve dans un salon plein de boîtes et de cartons, plus de 7000 photographies, appartenant à une personne qui a collectionné des images pendant plus de 50 ans. Elle découvre toute une collection de souvenirs perdus de l’Allemagne de la première moitié du XXe siècle, où existait la première génération de photographes, selon ses propres mots. Dans les images, des familles, des lieux, des moments, des fragments de temps congelés. Une trouvaille précieuse, unique, qu’elle veut conserver intacte, jusqu’à ce que les images prennent vie et qu’un jeu commence.

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

“Certains éléments apparaissent devant mes yeux, comme isolés” – c’est là que Struengmann commence à manipuler les images en utilisant des solutions qui lui permettent de préserver certains éléments de l’image en y faisant disparaître d’autres. Elle utilise une substance très corrosive, dangereuse ; un jour, elle a dû manipuler cette solution avec ses mains sans protection, et y a perdu ses ongles. Elle s’est alors rendu compte du risque que cette manipulation impliquait, mais a continué à travailler. Le résultat, ce sont des images qui deviennent comme peintes avec des coups de pinceau : on y voit des petits bouts de corps, des apparitions, mais surtout des disparitions. Elle construit une espèce de cartographie de la mémoire et décide quels éléments deviennent sa “narration granulaire”.

Mais ensuite, il y a aussi des images auxquelles elle ajoute une matière. De la couleur. De la substance. Des coups de pinceau mécaniques de rouge ou de jaune qui se transforment en ce qu’il fallait à l’image pour être complète. “Dans ces images, il manquait quelque chose, alors je l’ajoutais, mais pas n’importe comment : il fallait être précise.” Alors nous assistons au dialogue d’un enfant avec un nuage, d’une femme avec une montagne. Il manquait à ces personnages quelque chose à regarder – Struengmann le leur fournissait.

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

En effet, dans Just like you, but different, nous assistons non seulement à la réappropriation unique d’une image du passé, mais aussi à la reconstitution d’une mémoire construite à base de souvenirs fragmentés – “c’est comme cela que fonctionne la mémoire, non ?” Struengmann m’explique qu’une question constante l’entoure, se sachant un microcosme dans cet univers : “Comment était tout cela avant que j’arrive ?” Alors, elle commence à reconstituer dans cette archive une histoire propre qu’elle ne connaissait pas et qui est soudainement devenu sienne.

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

Quand j’arrive aux pages finales du livre, je suis surprise par une page que je ne parviens pas à comprendre. Une phrase en en-tête : “Beelines of saying”, des lignes horizontales et des chiffres qui semblent laissés au hasard :
349,45
49,94
1,85
6488,31
3,78 le mot THANK YOU en lettres majuscules…
Je découvre, grâce à notre conversation, qu’il s’agit de la page de remerciements du livre : “Tant de personnes m’ont aidée dans ce projet, qu’au lieu de mettre leurs noms, j’ai voulu estimer la distance qui me séparait d’eux; les numéros sont la quantité de kilomètres entre chez moi et chez eux.” Nous sourions ensemble quand nous identifions quelqu’un qui vit à seulement 1,85 km et cette autre personne qui se trouve à plus de 6000 km.

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

Dans certains aspects, le livre de Fiona Struengmann est un dispositif ludique où l’on pressent et apprécie l’exercice de manipulation artisanale de l’image comme un objet artistique, comme une re-création. La photographie y abandonne son caractère documentaire pour devenir une image, une pièce unique. Au fond, et peut-être à cause de la blancheur absolue des pages de cette oeuvre, je devine une espèce de processus chirurgical dans la construction de ces images.
Fiona, tu ne trouves pas qu’en étant si blanc et jusqu’à un certain point précis, ton livre pourrait sembler un peu froid ?
Non, tout ce blanc, tout ce vide autour des pages, je le conçois comme un espace de respiration pour l’imagination du lecteur, et c’est là qu’il pourra enfin se recréer dans ses propres souvenirs.

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

Fiona Struengmann est née en Allemagne en 1986. Diplômée de la Parsons New School for Design à New York, elle travaille et vit entre Berlín et Munich. Elle a été exposée dans différents festivals, et a récemment été invitée à l’édition 2018 du Festival Circulations à Paris, au Photo London 2018 et à l’Unseen 2017. Prochainement, on pourra la trouver aux Voies Off des Rencontres Photographiques d’Arles, exposée dans la Little Big Gallery. Quelques unes des copies de son livre numérotées et signées peuvent s’acheter sur TIPI BOOKSTORE.

Site Web de Fiona

Écrivaine et photographe, Oleñka Carrasco met son accent au service de Viens Voir une fois par mois, pour la découverte de photobooks, livres d’artistes, livres de photo-texte, mais aussi des éditeurs indépendants. Bref, toutes les tendances de l’objet livre. Fanatique de la création d’histoires, elle sera notre guide d’exploration dans le monde des livres.

Reply to: hola@olenkacarrasco.com / https://www.instagram.com/olenkacarrasco/

*********
ESPAÑOL

Fiona Struengmann : Todo aquello que se oculta en el vacío

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

Mantengo la teoría de que muchos libros nos escogen, nos seleccionan como sus lectores, sus conservadores, sus dueños.
Pocas cosas disfruto tanto como el hecho de pasearme en ferias, salones, librerías y bibliotecas buscando mis libros pero esos raros y hermosos momentos en los que un libro “viaja desesperadamente hacia ti” son inigualables.

¡Esa es mi historia con Just like you, but different de Fiona Struengmann!

Para que esos momentos se produzcan muchas veces hacen falta cómplices. Esos seres que saben leer (te) y que de pronto te ven aparecer entre las páginas de una obra. “Lo vi, eras tú, pensé en ti, la autora me contó su historia e imaginé que te encantaría escucharla…este libro está hecho para ti”. ¡Cuanto placer en romper el papel de regalo que cubre un libro y descubrir que alguien te ha leído sin equivocarse!

Cuando sólo quedan los trozos de papel hechos jirones en el suelo, descubro la cobertura rígida, de un blanco roto impoluto del libro de Fiona. Es agradable al tacto. está hecho en una especie de A4 y la textura de la cobertura es suave. El nombre de Struengmann y el de la obra se encuentran gofrados en la cobertura; en una ventanita superior pueden verse, quizás los trazos de unas cuantas manos entrelazadas, en color marrón, un dibujo, una fotografía. La imagen nos despista, hasta ahora sólo puedo decir: ¡Elegancia pura!

Mi viaje comienza, navego entre las hojas blancas, limpísimas de un libro sin número de páginas pero del que sé que tengo la copia firmada número 123 de 250. Apenas un texto introductorio, casi una imagen, unas cuantas palabras y frases sueltas en el interior de libro y al final. Las imágenes son como metáforas de la nostalgia, y aún más…

Struengmann encuentra un archivo, casi con el mismo azar con el que yo encuentro su libro. Un Mercado de Pulgas, alguien extraño que se le acerca, le dice que tiene algo para ella, le da cita, un lugar, un teléfono y ella se deja llevar. Se encuentra en un salón lleno de cajas y cajones, más de 7000 fotografías, pertenecientes a una persona que durante más de 50 años colecciona imágenes. Se hace con un alijo de recuerdos perdidos de la Alemania de la 1era mitad del siglo XX en la que existía la primera generación de fotógrafos, según sus propias palabras. En las imágenes, familias, lugares, momentos, fragmentos de tiempo congelados. Un hallazgo precioso, único, que ella quiere conservar intacto, hasta que las imágenes toman vida propia y un juego comienza.

“Ciertos elementos se aparecían ante mis ojos, ciertos elementos parecían aislados”, es allí donde Struengmann comienza a manipular las imágenes utilizando soluciones que le permiten resguardar ciertos elementos de la imagen desapareciendo otros. Ella utiliza una sustancia bastante corrosiva, peligrosa, en uno de sus días de trabajo tuvo que manipular dicha solución con sus manos sin proteger, perdió sus uñas. Se dio cuenta del riesgo que implicaba pero siguió trabajando. El resultado son imágenes que se vuelven pinceladas, trocitos de cuerpos, apariciones, pero sobre todo desapariciones. Ella está construyendo una especie de cartografía de la memoria y decide qué elementos se vuelven su “narrativa granular”.

Pero luego, también hay imágenes a las que ella añade una materia. Color. Substancia. Mecánicas pinceladas de rojos o amarillos que se transforman en aquello que faltaba en la imagen para estar completa. “En esas imágenes faltaba algo, yo lo añado, no de cualquier manera, hay que ser precisos”. Entonces, asistimos al diálogo de un niño con una nube, al de una mujer con la montaña. A esos personajes les faltaba algo que mirar, Struengmann se los proporciona.

En efecto, en Just like you, but different asistimos no sólo a una reapropiación única de la imagen del pasado, sino también a la reconstitución de una memoria construida a base de recuerdos fragmentados, “es así como funciona la memoria ¿no?”. Struengmann me explica que una pregunta constante la rodea, sabiéndose un microcosmos en este universo ¿cómo era todo antes de que yo llegara aquí? Entonces, ella empieza a reconstituir en este archivo una historia propia que ella no conocía y que de pronto se vuelve suya.

Llegando a las páginas finales del libro, me sorprende una página que no logro entender. Una frase encabezando: “Beelines of saying”, líneas horizontales y cifras que parecen dejadas al azar,
349,45
49,94
1,85
6488,31
3,78 la palabra THANK YOU en letras mayúsculas…
Descubro gracias a nuestra conversación que se trata de la página de agradecimientos del libro, “tantas personas me ayudaron en este proyecto, que en lugar de poner sus nombres quise estimar la distancia que me separa de ellos, los números son la cantidad de kilómetros de mi casa hasta las suyas”. Sonreímos juntas al identificar a alguien que vive tan cerca como 1,85 kms y a esa otra persona que se encuentra más lejos.

En ciertos aspectos el libro de Fiona Struengmann es un dispositivo lúdico en el que se presiente y se aprecia el ejercicio de manipulación artesanal de la imagen como un objeto artístico, como una re-creación. En él la fotografía abandona su carácter documental para volverse imagen, pieza única. En el fondo y quizás por la blancura absoluta de las páginas de esta obra yo adivino una especie de proceso quirúrgico en la construcción de las imágenes.
-Fiona, no te parece que al ser tan blanco y hasta cierto punto preciso, ¿puede tu libro parecer un poco frío?
-No, todo ese blanco, todo ese vacío alrededor de las páginas yo lo concibo como un espacio de respiración para la imaginación del lector, es allí donde él por fin podrá recrearse en sus propios recuerdos. ⛘

Fiona Struengmann nació en Alemania en 1986. Diplomada de la Parsons New School for Design en New York, trabaja y vive entre Berlín y Munich. Ha sido expuesta en distintos festivales, recientemente fue invitada a la edición 2018 del Festival Circulations en París, en Photo London 2018 y Unseen 2017. Próximamente, la podremos encontrar en el OFF de los Rencontres Photographiques d’Arles expuesta en la Little Big Gallery. Algunas copias de su libro numeradas y firmadas pueden comprarse en TIPI BOOKSTORE.

Fiona Struengmann site

Oleñka Carrasco
Reply to: hola@olenkacarrasco.com / https://www.instagram.com/olenkacarrasco/

Escritora y fotógrafa, Oleñka Carrasco pondrá su acento al servicio de Viens Voir una vez al mes para descubrir fotolibros, libros de artistas, libros de foto-texto, así como editores independientes y festivales. Su principal interés: las tendencias del libro como objeto. Fanática de contar historias, ella se volverá nuestra guía de exploración en el descubrimiento del mundo de los libros.

*************
ENGLISH

Fiona Struengmann : Everything that is hidden in the emptiness

© Fiona Struengmann, Just like you, but different

I maintain the theory that many books choose us, select us as their readers, their curators, their owners.
Few things I enjoy as much as going to fairs, salons, bookstores and libraries looking for my books but those rare and beautiful moments when a book « desperately travels to you » are incomparable.

That’s my story with Just like you, but different from Fiona Struengmann!

In order for such moments to take place, many times accomplices are needed. Those beings who know how to read (you) and who suddenly see you appear in the pages of a work. « I saw it, it was you, I thought of you, the author told me her story and I figured you’d love to hear it…this book is made for you.” What a pleasure it is to tear up the gift paper that covers a book and find out that someone has read to you without making a mistake!

When only the shredded pieces of paper are left on the floor, I discover the rigid cover of an raw white from Fiona’s book. It is pleasant to the touch. It is made in a kind of A4 and the texture of the cover is smooth. Struengmann’s name and the name of the work are embossed on the cover; in a small upper window you can see, perhaps the strokes of a few intertwined hands, in brown, a drawing? a photograph? The image misleads us. So far I can only say: Pure elegance!

My journey begins, I navigate through the white, cleanest pages of a book with no number of pages but of which I know that I have the signed copy number 123 of 250. Just an introductory text, almost a picture, a few words and phrases inside the book and at the end. The images are like metaphors of nostalgia, and even more….

Struengmann finds a file, almost as randomly as I find his book. A flea market, a stranger who approaches her, tells her he has something for her, gives her an appointment, a place, a phone and she gets carried away. It is located in a room full of boxes and drawers, more than 7000 photographs, belonging to a person who has been collecting images for more than 50 years. It is made with a cache of lost memories of the Germany of the first half of the 20th century where the first generation of photographers existed, in his own words. In the images, families, places, moments, frozen fragments of time. A precious, unique discovery that she wants to keep intact until the images come to life and a game begins.

« Certain elements appeared before my eyes, certain elements seemed isolated », in that moment Struengmann begins to manipulate images using solutions that allow him to protect certain elements of the image and disappear others. She uses a very corrosive, dangerous substance, in one of her days of work she had to manipulate this solution with her unprotected hands, she lost her nails. He realized the risk involved but continued to work. The result is images that become brushstrokes, little pieces of bodies, apparitions, but above all: disappearances. She is constructing a kind of memory mapping and decides which elements become her « granular narrative ».

But then, there are also images to which she adds substance. Color. Mechanical brushstrokes of red or yellow that become what was missing in the image to be complete. « Something was missing from those images, I’ll add, not in any way, you have to be precise. » Then, we see the dialogue of a child with a cloud, that of a woman with the mountain. These characters lacked something to look at, Struengmann provides them.

In fact, in Just like you, but different we are witnessing not only a unique re-appropriation of the image of the past, but also the reconstitution of a memory built on fragmented memories, « that’s how memory works, isn’t it?” Struengmann explains to me that a constant question surrounds her, knowing herself as a microcosm in this universe, “what was it like before I came here?” Then, she begins to reconstitute in this archive a story of her own that she did not know and that suddenly becomes her own.

Coming to the final pages of the book, I’m surprised at a page I can’t understand. A sentence heading: « Beelines of saying », horizontal lines and figures that seem to be left radomly,
349,45
49,94
1,85
6488,31
3.78 the word THANK YOU in capital letters….
I discover from our conversation that this is the thanks page of the book, « so many people helped me in this project, that instead of putting their names I wanted to estimate the distance that separates me from them, the numbers are the number of kilometers from my home to theirs. We smile together as we identify someone who lives as close as 1.85 km away and that other person who live more than 6000 km away.

In certain aspects, Fiona Struengmann’s book is a playful device in which the exercise of artisanal manipulation of the image as an artistic object, as a re-creation. In it, photography abandons its documentary character to become an image, a unique piece. In the background and perhaps because of the absolute whiteness of the pages of this work I can guess a kind of surgical process in the construction of the images.

-Fiona, don’t you think that being so white and precise, your book might seem a little cold?

-No, all that white, all that emptiness around the pages I conceive of it as a breathing space for the reader’s imagination, it is there where he can finally recreate himself in his own memories. ⛘

Fiona Struengmann was born in Germany in 1986.
A graduate of the Parsons New School for Design in New York, she works and lives between Berlin and Munich. She has been exhibited at various festivals and was recently invited to the 2018 edition of the Circulations Festival in Paris, at Photo London 2018 and Unseen 2017. It will soon be on display at the Voies Off of the Rencontres Photographiques d’Arles in the Little Big Gallery. Some numbered and signed copies of her book can be purchased from Tipi Bookstore here.

Oleñka Carrasco
Reply to: hola@olenkacarrasco.com / https://www.instagram.com/olenkacarrasco/

Website Fiona Struengmann

Writer and photographer, Oleñka Carrasco will put her emphasis on the service of Viens Voir once a month, for the discovery of photobooks, artists’ books, photo-text books, but also independent publishers. In short, all trends of the book object. Fanatic about creating stories, she will be our guide to exploring the world of books.

Ecrire et/ou photographier ?

in Rencontre
Hélène Gaudy par Bruno Dubreuil

Photographier ou écrire ? Pourquoi choisir puisqu’il faut dire ?
Pour plonger plus profondément dans le rapport texte-image, Viens Voir est allé converser avec l’écrivaine Hélène Gaudy.

English version included below

A force de tourner autour du rapport entre texte et image il fallait bien, un jour, aller jusqu’au bout et rencontrer quelqu’un pour qui les mots seraient les images : une écrivaine. Mais pas n’importe laquelle : une écrivaine qui entretiendrait, dans l’élaboration de son écriture, un rapport étroit avec la photographie. Parce que son livre, Une île, une forteresse (inculte dernière marge, 2016) était truffé d’occurences photographiques, et que Grands Lieux (editions joca seria, 2017), le dernier paru, lui faisait même une large place, Hélène Gaudy me paraissait tout indiquée pour creuser la question.

Nous nous étions rencontrés il y a plusieurs années et avions échangé nos oeuvres. De ses premiers livres (Vues sur la mer -Les Impressions nouvelles, 2006, Si rien ne bouge -Le Rouergue, 2009-), j’avais d’abord apprécié l’écriture fluide, une sorte de voix presque musicale qui pénétrait les sentiments avec acuité.

Lorsqu’était paru, en 2016, Une île, une forteresse, consacré à Terezin, cette ville de République tchèque transformée en camp de concentration pendant la seconde guerre mondiale, j’en avais reculé la lecture, me jugeant trop perméable à ces sujets-là. Mais il y avait le lien avec Sebald et, quand l’édition en poche était apparue sur les tables de ma librairie favorite (quelque part boulevard Saint-Michel), je n’avais pas résisté plus de quelques secondes. Et j’avais eu raison. L’écriture d’Hélène avait soudain pris une ampleur nouvelle, tournant toujours au plus près des êtres, mais capable d’embrasser la grande Histoire en un récit documenté autant que sensible. Je fus impressionné d’avoir déposé sur mes étagères, il y a quelques années, les livres d’une petite musique très personnelle et de retrouver aujourd’hui une puissante littérature (écrivant cela, je ne dénie pas du tout qu’une petite musique très personnelle puisse être perçue comme une forme de puissance littéraire).

La sonnette d’entrée ne fonctionne plus, une sonnette de bicyclette la remplace. La porte s’ouvre sur le trait fin du sourire feutré d’Hélène Gaudy. Où nous installer ? Salon ou bureau ? De toute façon, il y a des livres partout. Et j’en reconnais beaucoup pour les avoir aussi dans ma propre bibliothèque. Je choisis le bureau, car j’ai très envie de voir de quels objets et images elle s’entoure pour écrire. La pièce est plutôt sobre, bien rangée. Et elle l’avoue : ce n’est pas forcément dans cette pièce qu’elle écrit. On développe toujours des stratégies à l’égard de soi-même…

Pour débuter, j’interroge Hélène sur son rapport à la photo.

Hélène Gaudy : la photo, je l’ai beaucoup pratiquée à l’école, aux arts déco. Même si c’étaient des images assez narratives, j’avais un sentiment de frustration. Avec la photo, j’avais l’impression de ne pas arriver à apporter des nuances. Au bout d’un moment, ça m’a découragée et je suis passée à l’écriture. Je me souviens encore d’une conversation avec une de mes profs, pendant laquelle je lui expliquais que j’avais l’impression que mes photos n’étaient qu’une surface, qu’elles racontaient peu de choses ou seulement une chose et que ce que je voulais, c’était arriver à ouvrir sur plusieurs interprétations. J’ai alors écrit mon premier roman qui a aussi été mon projet de diplôme. Il était composé de sept nouvelles dont la couverture intérieure de chacune est une photo. On lit le texte en même temps qu’on voit l’image, ce qui met les deux à égalité. Plus tard, quand le roman a été publié (ma première publication), il l’a été sans les photos.

Viens Voir : et aujourd’hui, comment ce rapport à la photo a-t-il évolué ?

Hélène Gaudy : d’un côté, ça reste un support de narration solide : je fais beaucoup d’interventions et d’ateliers basés sur la photographie, avec des adultes ou des enfants, et parfois en duo avec un photographe.
Pour ce qui concerne le livre sur Terezin, j’ai pris beaucoup de photos lors de mon séjour sur place. Elles m’ont surtout servi de notes, d’aide-mémoire, une façon de me remettre dans l’ambiance.

Nous feuilletons les tirages des images prises à Terezin : surtout des photos au grand-angle, quelques détails, des documents. La ville y apparait sous un soleil radieux qui contraste avec les évènements dramatiques qui lui sont associés.

Viens Voir : comment articules-tu les moments où tu prends des photos et ceux pendant lesquels tu procèdes plutôt en écrivant des notes ? Est-ce que les deux sont entremêlés ?

Hélène Gaudy : à Terezin, j’ai pris des notes sur le vif, exercice que je fais rarement. Je voulais garder des choses, même insignifiantes. Souvent, quand tu es dans le lieu, tu trouves les choses trop banales pour être notées mais quand tu es de retour à ta table de travail, ça devient une matière très précieuse, porteuse d’atmosphère. A ce moment-là, j’essayais d’attraper ce que je pouvais par tous les moyens, presque avec une espèce d’anxiété.
Je repense à une histoire qui n’a peut-être rien à voir : quand j’ai passé mes premières vacances avec des copains, à l’adolescence, j’ai décidé de ne pas emporter d’appareil et donc, de ne pas faire de photos. Ces vacances ont été inoubliables et pourtant,ce sont les seules dont je n’ai aucune image.
Quand on est dans une interaction amicale ou amoureuse, et qu’on prend des photos, ça installe une distance avec ce que l’on vit. On est dans une position de regardeur, ce qui peut être aussi très intense. Je crois que j’aime bien cette distance, qui est aussi celle de l’écriture : « il y a ce que je vis et ce que je mets de côté pour le transformer plus tard ».

Hélène invoque alors un texte de Arno Bertina au titre irrésistible « Photographier mille fois le ciel, ma fille ou le maréchal Foch »

Hélène Gaudy : en fait, la photo me sert surtout de déclencheur d’écriture. Par exemple, l’histoire de Plein Hiver m’a été inspirée par les photos de Gregory Crewdson. J’ai recomposé une sorte de ville américaine fictive. L’écriture s’est presque posée en hors-champ de la photo.

Viens Voir : je me pose beaucoup la question du réalisme de la photographie. Or, quand tu mets la photo du côté des notes ou de l’aide-mémoire, tu lui donnes totalement cette fonction réaliste (disons, porteuse du réel). Comment s’inscrit ton écriture par rapport à ça ? Est-ce qu’elle est du côté de l’expérience ?

Hélène Gaudy : Oui, il y a de ça. Mais ce qu’elle rapporte de l’expérience est toujours fragmentaire voire trompeur, toujours soumis à l’interprétation, à des relectures successives dont l’écriture peut explorer les pistes. Dans l’image, on peut toujours, après coup, saisir des petites choses, des détails et dérouler une sorte de pelote de laine à partir de ces petites choses visibles. Des amorces de récit.
Cette question du détail est très intéressante : dans la littérature classique, le détail sert souvent à enrichir le personnage, à lui donner chair ; alors que dans la littérature contemporaine, le détail peut être l’élément qui suscite la narration. On attrape des détails, on les couche sur le papier et on tisse un fil entre eux, on assemble le puzzle.
Dans le roman sur lequel je travaille actuellement, je prends encore des photos comme point de départ. Celles d’une expédition polaire qui s’est tragiquement terminée (l’expédition Andrée, trois suédois partis en ballon depuis le Spitzberg en 1897, célèbre fait divers de l’époque) et dont les pellicules ont été découvertes dans la glace et développées bien des années plus tard. Ces photos ont une double empreinte : celle de ce qu’elles représentent, bien sûr, mais elles portent aussi l’empreinte physique du paysage à travers leur détérioration.

Hélène Gaudy : le sujet de cette expédition soulève plein de questions : celles de l’échec, des limites, de l’élargissement du monde, et donc, de son rétrécissement puisqu’on l’explore. Or ces questions sont très présentes dans l’art contemporain. Avec Hélène Jagot, directrice du musée de La Roche-sur-Yon, nous allons les faire jouer à travers une exposition qui aura lieu cet été.
Elle s’appellera Zones Blanches, récits d’Explorations. Nous sommes parties de la question du récit, puisque les membres de l’expédition Andrée ont écrit leur journal de voyage et ont pris beaucoup de photos, documentaires ou très posées. Pour cette exposition, nous avons retenu les oeuvres d’une vingtaine d’artistes (dont Sylvie Bonnot que Viens Voir avait rencontrée) qui avaient fait cette expérience du voyage, et en avaient rapporté une forme. Il y aura aussi un livre avec des textes pour lesquels chaque écrivain a choisi une oeuvre comme support.

Viens Voir : et si tu te projettes dans ta future utilisation de l’image, tu te vois comment ?

Hélène Gaudy : et bien, le cinéma me trotte dans la tête depuis un moment et précisément, je suis en train de suivre une formation d’écriture de scénario à la FEMIS. Donc je me dirige peut-être vers l’image animée.

Viens Voir : le fait de prendre pour point de départ un évènement historique et de tirer des fils autour me semble très représentatif d’une approche contemporaine de la littérature (Eric Vuillard, évidemment, et on pourrait dire ça de Pierre Michon aussi). Tu t’inscris dans ce type d’écriture ?

Hélène Gaudy : oui, mais la question qui m’intéresse, plus que celle de la fiction ou de la non-fiction, c’est comment donner une forme à une matière. Je cherche des formes qui permettent d’incorporer une matière issue d’un lieu et de son atmosphère. Je ne suis pas très douée pour inventer (même si j’aime ça), je préfère assembler. Mais je suis aussi attachée à une liberté narrative, plus délicate à adopter quand je suis confrontée à une matière historique comme celle de Une île, une forteresse. Cette démarche de recomposition correspond bien aux processus qui opèrent dans l’art contemporain. Selon moi, un livre se présente sous la forme d’un projet, un peu comme j’ai appris à le faire en école d’art où l’on demande toujours « c’est quoi ton projet ?  » (rires).

Hélène Gaudy par Bruno Dubreuil

Pour finir, je demande à Hélène quelques pistes de lecture pour nous, amoureux de l’image et de la littérature. Elle réfléchit, hésite, commence à saisir des livres dans sa bibliothèque : Le Poing dans la bouche, de Georges-Arthur Goldschmidt (Editions Verdier), grand écrivain du paysage ; Description d’Olonne de Jean-Christophe Bailly (Christian Bourgois), L’affaire Furtif de Sylvain Prudhomme. Et beaucoup d’autres…

Au moment où je termine d’écrire cet article, paraît, dans le numéro de juin de la revue art press, un remarquable dossier sur la photo et la littérature intitulé Ecrire les images. L’analyse de Jan Baetens y est éclairante. En repensant à la conversation avec Hélène, je m’aperçois qu’elle n’a toujours accepté mes tentatives de théorisation que du bout des lèvres, les ponctuant de peut-être et de ce n’est pas toujours pareil.
Ainsi m’apparaissent les chemins d’écriture d’Hélène Gaudy : en mouvement, saisissant les photos comme des potentiels de parole ou de vertige.
Et je me dis qu’on pourrait presque photographier comme ça : entre parole et vertige.

Les infos sur l’exposition de La Roche-Sur-Yon ici.

English version

Photograph or write?
To dive deeper into the text-image relationship, Viens Voir went to converse with writer Hélène Gaudy.

By dint of turning around the relationship between text and image, one day one had to go all the way and meet someone for whom words would be images: a writer. But not just any writer: a writer who has a close relationship with photography in the development of her writing. Because her book, « An Island, a Fortress » (inculte dernière marge, 2016) was full of photographic occurrences, and « Grands Lieux » (editions joca seria, 2017), the last one, even made a large place for it, Hélène Gaudy seemed to me to be the ideal person to dig into the question.

We had met several years ago and had exchanged our works. From her first books (« Vues sur la mer » -Les Impressions nouvelles, 2006, « Si rien ne bouge » -Le Rouergue, 2009-), I first appreciated the fluid writing, a kind of almost musical voice that penetrated feelings with acuity.

When « An Island, a Fortress » was published in 2016, dedicated to Terezin, a town in the Czech Republic that was transformed into a concentration camp during the Second World War, I had read it backwards, considering myself too permeable to these subjects. But there was the link with Sebald and, when the edition in my pocket had appeared on the tables of my favourite bookshop (somewhere boulevard Saint-Michel), I had not resisted more than a few seconds. And I was right. Hélène’s writing had suddenly taken on a new dimension, always turning as close as possible to the beings, but capable of embracing great History in a narrative that was as documented as it was sensitive. I was impressed to have deposited on my shelves, a few years ago, a little music very personal and to find today a powerful literature (writing that, I do not deny at all that a little music very personal can be perceived as a form of powerful literature).

The doorbell no longer works, a bicycle bell replaces it. The door opens on the fine line of Hélène Gaudy’s hushed smile. Where to locate us? Living room or office? Anyway, there are books everywhere. And I recognize many to have them in my own library too. I choose the office because I really want to see what objects and images she surrounds herself with to write. The room is rather sober, tidy. And she admits it: it is not necessarily in this play that she writes. We always develop strategies towards ourselves…

To begin, I ask Hélène about her relationship to the photo.
Hélène Gaudy: I practiced photography a lot at school, at art decos. Even though my pictures were quite narrative images, I had a kind of frustration. With the photos, I had the impression that I could not bring nuances. After a while, it discouraged me and I started writing. I still remember a conversation with one of my teachers, during which I explained to her that I had the impression that my photos were only a surface, that they told few things or only one thing and that what I wanted was to open onto several interpretations. I then wrote my first novel which was also my diploma project. It consisted of seven short stories, each with a photo on the inside cover. You read the text at the same time as you see the image, which makes the two equal. Later, when the novel was published (my first publication), it was without the photos.

Viens Voir: and today, how has this relationship with photography evolved?

Hélène Gaudy: On the one hand, it is a solid narrative support: I lead many interventions and workshops based on photography, with adults or children, and sometimes in duet with a photographer.
As for the book on Terezin, I took a lot of pictures during the week I spent there. I used them mainly as notes, as an aide-mémoire, a way to get back in the mood.

We leaf through the prints of the images taken at Terezin: mainly wide-angle photos, some details, documents. The city appears under a radiant sun that contrasts with the dramatic events associated with it.

Viens Voir: how do you articulate the moments when you take pictures and those during which you proceed rather by writing notes? Are the two intertwined?

Hélène Gaudy: In Terezin, I took notes on the spot, an exercise I rarely do. I wanted to keep things, even insignificant. Often, when you are in the place, you find things too banal to be noticed but when you are back at your work table, it becomes a very precious material, a carrier of atmosphere. At that moment, I was trying to catch what I could by any means, almost with some kind of anxiety.
Now I think about something that has nothing to do with it: when I spent my first holidays with friends, as a teenager, I decided not to bring a camera and therefore not to take pictures. It has been an unforgettable holiday and it is the only one I have no image of.
When you’re in a friendly or loving interaction, and you take pictures, it puts you at a distance from what you’re going through. We are in a watching position, which can also be very intense. I think I like this distance, which is also that of writing: « there is what I live and what I put aside to transform it later ».

Hélène then invokes a text by Arno Bertina with an irresistible title « Photographing a thousand times the sky, my daughter or Marshal Foch ».

Hélène Gaudy: Actually, the photo serves me mainly as a trigger for writing. For example, the story of « Plein Hiver » was inspired by Gregory Crewdson’s photos. I recomposed some kind of fictional American city. The writing almost landed off camera.

Viens Voir: I wonder a lot about the realism of photography. Now, when you put the photo on the side of the notes or the memory aid, you totally give it this realistic function (let’s say, carrier of the real). How does your writing fit into this? Is it rather a kind of experience ?

Hélène Gaudy: yes it is. Grab small things, details and unroll a kind of ball of wool from these small visible things. Storytelling primers. This question of detail is very interesting: in classical literature, detail is used to enrich the character, to give him flesh whereas in contemporary literature, it arouses narration. We grab details, lay them on paper and weave a thread between them, put the puzzle together.
In the novel I am currently working on, I still take pictures as a starting point. Those of a polar expedition that ended tragically (the Andrée expedition, three Swedes who left in a balloon from Spitsbergen in 1897, a famous fact of the time) and whose films were discovered in the ice and developed many years later. These photographs have a double imprint: that of what they represent, of course, but they also carry the physical imprint of the landscape through their deterioration.
The subject of this expedition raises many questions: those of failure, of limits, of the enlargement of the world, and thus, of its narrowing as we explore it. Yet these questions are very present in contemporary art. With Hélène Jagot, director of the museum of La Roche-sur-Yon, we are going to raise them through an exhibition which will take place this summer.
It will be called « White Zones, Expedition Stories ». We started from the question of the story, since the members of the Andrée expedition wrote their travel diary and took many photos, documentaries or very posed. For this exhibition, we selected the works of about twenty artists who had experienced the travel, and had brought back a form of it. There will also be a book with texts for which each writer has chosen a work as support.

Viens Voir: And in the future, how do you see yourself?

Hélène Gaudy: Well, cinema has been on my mind for a while now, and precisely, I’m in the process of writing a screenplay at FEMIS, so maybe I’m heading towards the animated image.

Viens Voir: the fact of taking a historical event as a starting point and drawing threads around it seems to me very representative of a contemporary approach to literature (Eric Vuillard, of course, and we could say that of Pierre Michon too). You heading that way?

Hélène Gaudy: yes, but the question that interests me more than fiction or non-fiction is how to give form to a material. I look for forms that allow to incorporate a material coming from a place and its atmosphere. I’m not very good at inventing (even if I like it), I prefer to assemble. But I am also attached to a narrative freedom, more delicate to adopt when I am confronted with a historical matter like that of « An island, a fortress ». This process of recomposition corresponds well to the processes and approaches that operate in contemporary art. In my opinion, a book comes in the form of a project, a bit like I learned to do in art school where people always ask, « What is your project? (laughs).

Finally, I ask Hélène to give us some ideas for reading. She says she fears the question and begins to seize books in her library: « Le Poing dans la bouche » by Georges-Arthur Goldschmidt (Editions Verdier), a great landscape writer; « Description d’Olonne » by Jean-Christophe Bailly (Christian Bourgois) and one of her favourites, « L’affaire Furtif » by Sylvain Prudhomme. And many others…

As I finish writing this article, there appears, in the June issue of art press magazine, a remarkable dossier on photography and literature entitled « Ecrire les images ». Jan Baetens’ analysis, among others, is enlightening. Thinking back on the conversation with Hélène, I realize that she has always only accepted my attempts at theorizing very carefully, punctuating them with « maybe » and « it’s not always the same ».
Thus appear to me Hélène Gaudy’s writing paths: in motion, capturing photos as potential for speech or vertigo.
And I tell myself that we could almost photograph like that: between speech and vertigo.

J’aime le salon de Montrouge !

in Exposition
©Ariane Loze

Que faire ce week-end ? Aller au Salon de Montrouge, bien sûr. Visite guidée tout en pétillements, coups de coeur et convictions artistiques avec Laure Chagnon. Vite, il ne reste que quelques jours !

J’aime le salon de Montrouge !
Aux portes du métro, le Beffroi de Montrouge se dresse comme une imposante citadelle déterminée à défendre et à accompagner ses jeunes protégé(e)s.
On y entre optimiste, impatient de découvrir la nouvelle sélection. Et là, coup de fouet printanier ! Vitalité de l’art contemporain, on montre ici, en toute liberté, des mondes personnels et des préoccupation actuelles.
 
Ce qui lie les artistes du Salon, c’est leur jeunesse. La plupart sortent tout juste des écoles d’art. Etre jeune c’est savoir. Savoir ce qu’on fuit, savoir ce dont on a envie. Concrétiser, réaliser, le doute arrivera plus tard.
Et si un artiste construit toute sa vie une oeuvre autour d’une même obsession, il est émouvant de découvrir celles de ces nouveaux-venus sur la scène artistique. Car bien souvent, dans les premiers gestes artistiques produits dans les ateliers d’écoles d’art (et même en dehors), tout est là. L’artiste n’est pas en devenir, il « est », puisqu’il l’a décidé. La loi du marché, la pertinence des réponses de chacun(e) face aux sollicitations, l’énergie qu’il ou elle mettra à développer ses projets, fera le reste.

Deux mille candidats se sont  présentés cette année devant cette plateforme de lancement et cinquante deux ont été sélectionnés par un jury présidé par Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo.
Les directeurs artistiques, Marie Gautier et Ami Barak, ont choisi de regrouper les artistes dans quatre aires thématiques. Pas toujours très lisible, ce parti pris donne néanmoins au Salon une dimension d’exposition et engage un questionnement transversal sur les différentes productions.
Ainsi, le visiteur circule à travers des créations qui interrogent la nature et le paysage, puis il découvre les artistes de l’auto-fiction qui mettent en oeuvre leur identité. Puis, un autre chapitre, Pop Team Epic, en clin d’oeil au Pop Art, regroupe sans contrainte des artistes préoccupés par la sociologie et leur époque.
Enfin, la quatrième typologie serait celle d’artistes qui ont un travail réflexif sur l’histoire de l’art.

Il est alors bien tentant pour les aficionados du salon de Montrouge de vouloir de dégager un point commun entre les oeuvres présentées à cette 63 ème édition. Pour ma part, j’ai pensé à celui du jeu.

Le jeu, tout d’abord, avec les matériaux.
Céramique, verre, broderie, moulage, dessin, peu de photographie, mais aussi du cuivre, de la terre , du plâtre, des plantes vivantes, de la nacre, le sous sol du BHV n’y suffit plus ! Il semblerait que ces jeunes artistes ne renient pas les  pratiques d’ateliers et font feu de tout bois pour développer leur propos.

Le jeu d’acteur aussi.
Je décernerai bien quelques palmes à ce sujet. Notamment au comédien de la vidéo de Samuel Lecocq (prix des Beaux Arts). Ce photographe, passé à l’image filmée pour ne plus avoir besoin  de cartels, expose la magnifique colère d’un acteur contre son metteur en scène. Une belle prestation qui ne fait pas oublier son autre vidéo sur un centre de déradicalisation en bord de la Loire. Mystère, poésie et politique constituent une oeuvre forte.
Mais la Palme d’Or irait sans doute à Ariane Loze (prix du conseil départemental, c’est déjà pas mal! ) qui, dans des petites fictions qu’elle conçoit et réalise seule, joue tous les personnages. On l’observe en joli animal cocasse venir mordre au mollet notre humanité. Une friandise acide et très bien réalisée avec laquelle on aime s’abimer les dents.

 

©Ariane Loze

       

Jeu encore, avec le duo The Big Conversation Space qui propose aux visiteurs des jeux de société qui interrogent le corps social et son rapport à l’empathie. A vous de jouer.

Un autre particularité serait peut être aussi la présence volatile d’un imaginaire lié au Moyen Age, aux fêtes païennes, au carnaval.

©Romuald Dumas-Jandolo

Ainsi dans la proposition d’Arun Mali (grand prix du Salon-Palais de Tokyo) deux vidéos se font face. Dans la première, baignés dans l’eau d’un espace de loisir et dans une hyper luminosité, des corps lascifs semblent être au paradis ; dans l’autre, une fête de la saint Jean toute en nuit et en feu évoque l’enfer. Ici se chuchotent des mythes, des histoires anciennes.

©Arun Mali

Dans l’exposition, d’autres installations nous racontent des histoires. Des fables qui révèlent avec pudeur la violence du monde.
Fabien Marques documente malicieusement la mort d’un pauvre footballeur italien tué alors qu’il mimait un braquage. La finesse de son humour ayant sans doute échappé au bijoutier armé…

Samira Ahmadi Ghotbi, nous conte l’histoire d’un escargot qui, un jour, grignota dans son atelier une miniature persane. De ce petit drame naitra une bataille entre l’escargot et les figures représentées sur la miniature. Une guerre poétique et absolument réjouissante qui convoque lutte et résistance contre un ennemi finalement bien mou.

©Samira Ahmadi Ghotbi

Roland Burkart nous propose lui une oeuvre  en jeu de miroirs. (elle fera sans doute la joie des Instagrameurs). Cette boite de verre propice aux selfies, en plus d’être belle, créée par un artiste mathématicien, évoque les « cellules de grille », récemment découvertes. Notre cerveau mettrait en place un système d’orientation en utilisant une « grille » ici reproduite. Une oeuvre immersive qui nous met en relation directe avec notre nature propre.

©Roland Burkart

Beaucoup d’autres oeuvres sont encore à découvrir. Un parcours généreux, avec, parfois, une pointe de maladresse, qui nous présente un art contemporain plein d’humanité.


Le Salon de Montrouge est à… Montrouge, bien sûr ! 2 place Emile Cresp, jusqu’au 23 mai
Entrée libre

Formée à l’école des Arts Décoratifs, Laure Chagnon développe sa pratique artistique autour de créations hybrides mêlant photographie, verre et céramique. Elle anime actuellement un atelier libre de céramique à Paris.

1 2 3 9
Go to Top