Le photobook comme exhausteur sensoriel, l’édition selon Claire Jolin ! (3/3)

in oh my photobook !
FENSCH © Claire Jolin

Troisième et dernier volet de l’étude consacrée au photobook par Olenka Carrasco (premier volet, deuxième volet), partie à la rencontre de Claire Jolin, une éditrice passionnée.

(Versión española al final del artículo en francés, english version included below)

Quand j’ai pensé à la création de cet article, le nom de Claire m’est venu inévitablement à l’esprit.
Il y a quelques mois, alors que nous partagions un café, nous avons évoqué la question de la durabilité des livres photos ; nous étions d’accord pour dire que le pouvoir de la création de livres réside dans la relation directe qui est établie avec le lecteur : dans les livres photos nous sommes capables de constituer des mini-expositions reliées. Puis Claire m’a raconté sa théorie sur la façon dont nous sommes capables d’utiliser et d’activer tous nos sens lorsque nous parcourons un livre. Sa contribution m’a semblé d’autant plus précieuse qu’elle a su donner vie à FENSCH, d’abord comme créatrice, puis comme éditrice.
Les moyens alternatifs pour éditer un livre, les astuces et la réalisation de l’objectif : Claire nous dit tout sur son approche de l’édition.

OLEÑKA: Depuis combien de temps travailles-tu sur la création, l’édition et la publication de photobooks ?

CLAIRE: Je travaille dans le monde de l’édition (surtout de la presse) depuis plus de vingt ans. Mais j’ai lancé les Éditions Orange Claire seulement en 2017. La réflexion sur le rôle que je voulais jouer en tant qu’éditeur n’a pas été facile. Il m’a fallu 8 mois pour clarifier le fait que je voulais deux choses : promouvoir les artistes que j’aime en produisant pour eux leur première édition et faire en sorte que cela ne leur coûte rien. Avant de me lancer comme éditeur, j’ai travaillé sur deux cas concrets dont un livre pour moi-même et j’ai vite vu les limites de l’auto-édition : c’est très chronophage ! Pendant que j’endossais le rôle de l’auto-éditeur, une grande partie de mon énergie était totalement absorbée par les multiples contraintes techniques et le stress financier. Je n’ai créé aucune nouvelle photographie pendant toute cette période.

Une fois ce point éclairci, j’ai travaillé avec une amie sur un cas concret : le livre de Véronique L’Hoste dont nous connaissions bien le travail. Nous avons beaucoup discuté avec d’autres éditeurs comme ARP Editions, Filigranes, d’ailleurs très ouverts lors des échanges, avec des auteurs ayant déjà publié, et des libraires à Paris et en province. Pour finir par trouver le bon concept, la collection « PhotosMots ». Des petits livres où se côtoient l’univers de deux auteurs, l’un photographe, l’autre écrivain et où je peux expérimenter des rencontres photos-littéraires improbables (je rêve de mélanger heroic fantasy, SF ou théâtre avec photographie !). « PhotosMots » fait le grand écart entre les attentes des amateurs de photographies d’auteur, qui apprécient le livre-objet, et la clientèle plus large des libraires plutôt amateurs de littérature. Cette double entrée se veut aussi pédagogique car elle laisse percevoir aux lecteurs que les images se lisent comme des mots.

FENSCH © Claire Jolin

OLEÑKA: Quelle est ta relation avec le livre comme objet ?

CLAIRE: Un livre c’est la matérialisation des idées du photographe en un objet physique, palpable, tactile ! Le livre est un fabuleux exhausteur sensoriel : en plus des yeux, nous le touchons, le soupesons, nous le palpons, en caressons les pages, nous sentons l’odeur du papier, de l’encre, nous entendons le bruit des pages qui tournent… Tous nos sens sont en action. Le livre agit comme une madeleine de Proust, il éveille des souvenirs d’autant plus puissants qu’ils ne sont pas conscients. Le livre met le lecteur dans les conditions idéales pour lire les images. Quand le sens de la série photographique et l’objet s’accordent, c’est réussi.

OLENKA:Qu’est-ce qu’un livre photo a de plus qu’une exposition?

CLAIRE: Bon, je crois que j’ai déjà pas mal répondu à cette question car une exposition ne met pas autant de sens en éveil (on a rarement le droit de toucher un tirage, quel dommage !). Il reste deux autres différences pour moi. La position du lecteur déjà : on est penché au dessus du livre, le regard vers le bas, on baisse la garde. Enfoncé dans son canapé on s’isole du monde extérieur. Ce qui m’amène à la deuxième différence, une exposition est vécue comme une expérience collective, on est entouré de gens. Pour moi, l’exposition est plus du registre du spectacle vécu à plusieurs (comme le cinéma).
Mais il n’y a pas de plus ou de moins, c’est juste une expérience différente pour le lecteur-spectateur.

FENSCH © Claire Jolin

OLEÑKA: Parles-moi de ton projet Fensch, c’est un projet de collaboration qui est maintenant une réalité grâce au crowdfunding…

CLAIRE: « Fensch » est une fiction photographique sur la vallée des anges, une vallée sidérurgique au nord de Metz, là où je suis née, où je vis et travaille encore aujourd’hui. C’est un prétexte pour réfléchir sur les images collectives que nous forgeons pour affronter un monde pas toujours facile. J’ai confié mes images à un ami graphiste-poète avec pour mission d’écrire non pas un texte les illustrant mais seulement pour s’en imprégner, libre à lui de créer ce qu’il voulait. L’univers qui se dégage des multiples petits poèmes qu’il a écrit est rempli d’impressions, celles du noir de l’encre des caractères et des paysages industriels, rempli d’ombres fugitives et de personnages qu’il a croisé… Comme aucun texte n’était lié à une photo en particulier, j’ai imaginé d’en faire un cadavre exquis, un livre-sculpture dont les ailes s’ouvrent au milieu du livre.

FENSCH © Claire Jolin

Pour le crowdfunding de Fensch : J’avais besoin de 1.600 € (130 € de frais de gestion + 170 € de cadeaux et affranchissement + 1.300 € d’impression) pour 300 exemplaires. Avec 59 souscripteurs notre objectif atteint à 109 %

OLEÑKA: À ton avis, le crowdfunding est-il un moyen efficace de permettre aux photographes l’autoédition des photobooks ?

CLAIRE: Oui, tout à fait, le crowdfunding est un bon moyen pour pré-vendre les livres. Mais ce n’est pas nouveau. Tous les éditeurs utilisent depuis très longtemps la levée de fonds par souscription. Les lecteurs intéressés achètent avant parution des exemplaires à un prix avantageux. Ce qui est nouveau, c’est de le faire sur des plateformes web… et d’utiliser un mot anglais. Dans le modèle économique des éditions Orange Claire, le crowdfunding finance la moitié des frais, à savoir les frais d’impression, le plus gros poste de dépense pour moi.

Si on touche plus de monde avec le crowdfunding, il faut aussi tenir compte des frais de gestion que la plateforme facture (8%) mais aussi des cadeaux aux souscripteurs en plus des exemplaires. Ces frais n’existent pas si vous e-mailez votre souscription vous-même car dans ce cas les gens ne s’attendent pas à des cadeaux mais juste à ne pas payer les frais postaux. Et les retours sont très bons. Bref, il faut absolument utiliser ces deux vecteurs complémentaires.

FENSCH © Claire Jolin

Photographe, éditeur, galeriste et lecteurs, chacun d’entre eux génère une relation unique et spécifique avec le livre qui finit par impliquer les autres. Je suis d’accord avec Habourdin pour dire que c’est une erreur d’opposer le livre photo à l’exposition, en sachant que les résultats de la conjonction des deux peuvent être profondément plus riches et plus stimulants. Mais je partage aussi l’idée que le livre a une capacité supérieure ou peut-être supplémentaire : l’appartenance d’un dialogue. Le dialogue qui s’établit non seulement avec le contenu mais aussi entre le lecteur et l’auteur. Avec un livre, nous sommes capables de pénétrer le monde de l’auteur à notre guise, il nous appartient, nous l’avons acheté, nous l’avons fait signer, peut-être connaissons-nous l’histoire de ses pages, et même si nous n’arrivons même pas à connaître l’auteur, c’est comme si nous pouvions entamer une conversation avec lui/elle par le biais des papiers. Très franchement, cela se produit très rarement dans une exposition.

Vive le livre et toutes ces merveilleuses expositions en A5, A4, A3 qui nous parviennent grâce aux créateurs et éditeurs !

Où trouver les livres d’Éditions Claire Orange :
– sur Facebook : LesEditionsOrangeClaire
– par mail : claire@orangeclaire.com
– en librairies à Paris : Le29, Le Monte en l’air

En savoir plus :
– sur Fensch paru en décembre 2017
– sur Cycle paru en mars 2017

Écrivaine et photographe, Oleñka Carrasco met son accent au service de Viens Voir une fois par mois, pour la découverte de photobooks, livres d’artistes, livres de photo-texte, mais aussi des éditeurs indépendants. Bref, toutes les tendances de l’objet livre. Fanatique de la création d’histoires, elle sera notre guide d’exploration dans le monde des livres.

ESPAGNOL

El fotolibro como sublimador de los sentidos, la edición según Claire Jolin !

Tercer y último capítulo del estudio consagrado al fotolibro realizado por Oleñka Carrasco, que en este episodio parte al encuentro de Claire Jolin, una editora apasionada.

FENSCH © Claire Jolin

Cuando pensaba en la creación de este artículo, inevitablemente el nombre de Claire vino a mi cabeza. Hace unos cuantos meses, mientras compartimos un café, la cuestión sobre la perdurabilidad de los libros de foto ambas coincidimos en que la potencia de la creación de libros radica en la relación directa que establecemos con el lector, en los libros de fotos somos capaces de constituir miniexposiciones encuadernadas. Acto seguido, Claire me contó su teoría sobre cómo somos capaces de utilizar y activar todos nuestros sentidos cuando hojeamos un libro. Su aporte me pareció aún más valioso al conocer la forma cómo logró darle vida a FENSCH, en principio como creadora y luego como editora. Los caminos alternativos para lograr editar un libro, las astucias y el logro del objetivo.

OLEÑKA: ¿Cuánto tiempo lleva trabajando en la creación, edición y publicación de álbumes de fotos?

CLAIRE: He trabajado en el mundo editorial (especialmente en la prensa) durante más de veinte años. Pero sólo lancé el Editons Orange Claire en 2017. No fue fácil reflexionar sobre el papel que quería desempeñar como editor. Me llevó 8 meses aclarar el hecho de que quería dos cosas: promocionar a los artistas que me encantan produciendo para ellos su primera edición y asegurarse de que no les cueste nada. Antes de empezar como editor, trabajé en dos casos concretos incluyendo un libro para mí mismo y rápidamente vi los límites de la autoedición: ¡es muy largo ! Mientras asumía el papel de autoeditor, gran parte de mi energía estaba totalmente absorbida por las múltiples limitaciones técnicas y el estrés financiero. No hice ninguna fotografía nueva durante este período.

Una vez aclarado este punto, trabajé con un amigo en un caso concreto: el libro de Véronique L’ Hoste, cuyo trabajo conocíamos bien. Hemos tenido muchas discusiones con otras editoriales (incluso muy abiertas durante los intercambios como ARP Editions, Filigranes…), con autores que ya han publicado y con libreros en París y en las provincias. Finalmente, para encontrar el concepto adecuado, la colección « PhotosWords ». Pequeños libros en los que dos autores, un fotógrafo y el otro escritor, se entrenaron mutuamente en el mundo de los otros y donde puedo experimentar encuentros foto-literarios improbables (soñé con mezclar la fantasía heroica, el SF o el teatro con la fotografía). ». PhotosMots « marca una gran diferencia entre las expectativas de los fotógrafos que aprecian el libro de objetos y la amplia clientela de los libreros de literatura más bien aficionados. Esta doble entrada también pretende ser educativa porque permite a los lectores percibir que las imágenes pueden ser leídas como palabras.

OLEÑKA: ¿Cuál es su relación con el libro como objeto?

CLAIRE: Un libro es la materialización de las ideas del fotógrafo en un objeto físico, tangible y táctil ! El libro es un fabuloso extensor sensorial: además de los ojos, lo tocamos, las sopas, lo sentimos, tocamos las páginas, sentimos el olor del papel, el olor de la tinta, escuchamos el sonido de las páginas que giran… Todos nuestros sentidos están en acción. El libro actúa como una magdalena de Proust, despierta recuerdos tanto más poderosos cuanto que no son conscientes. El libro pone al lector en las condiciones ideales para leer las imágenes. Cuando el sentido de la serie fotográfica y el objeto coinciden, tiene éxito.

OLEÑKA: Pensando en el público, ¿qué ofrece un libro de fotos que una exposición no tiene?

CLAIRE: Bueno, creo que ya he respondido bastante bien a esta pregunta, porque una exposición no tiene tanto sentido para despertar (¡no tenemos derecho a tocar una huella, qué pena !). Hay otras dos diferencias para mí. La posición del lector ya: uno se inclina sobre el libro, mirando hacia abajo, bajando la guardia. Dormimos en su sofá, nos aislamos del mundo exterior. Lo que me lleva a la segunda diferencia es que una exposición se vive como una experiencia colectiva, estamos rodeados de personas. Para mí, la exposición es más bien el registro del espectáculo vivido por muchos (como el cine).
Pero no hay más o menos, es sólo una experiencia diferente para el lector-espectador.

OLEÑKA: Háblame de tu proyecto Fensch, es un proyecto de colaboración que ahora es una realidad gracias a la financiación masiva… (¿hay un video del folleto del libro?)

CLAIRE: »Fensch » es una ficción fotográfica sobre el valle de los ángeles, un valle siderúrgico al norte de Metz, donde nací, donde vivo y trabajo hoy en día. Es un pretexto para reflexionar sobre las imágenes colectivas que estamos forjando para enfrentarnos a un mundo que no siempre es fácil. También habla de las imágenes que creamos en nuestra primera infancia cuando todavía no existen las palabras, esta vez cuando las imágenes vividas, soñadas e imaginadas son una y la misma.

Confié mis imágenes a un amigo mío, un poeta gráfico, cuya misión no era escribir un texto que las ilustrara, sino sólo absorberlas, libre para crear lo que él quería. El universo que emerge de los muchos poemas pequeños que ha escrito está lleno de impresiones, las del negro de la tinta de los personajes y los paisajes industriales, lleno de sombras y personajes fugitivos que cruzaba… Como ningún texto estaba ligado a una foto en particular, me imaginé convirtiéndola en un cadáver exquisito, un libro de esculturas cuyas alas se abren en medio del libro.

OLENKA: En tu opinión, ¿el crowdfunding es una manera efectiva para que los fotógrafos publiquen sus propios álbumes de fotos?

Sí, absolutamente, la financiación colectiva es una buena manera de pre-vender libros. Pero esto no es nuevo. Todos los editores han estado utilizando la financiación de suscripciones durante mucho tiempo. Los lectores interesados compran copias antes de la publicación a un precio ventajoso. Lo nuevo es hacerlo en plataformas web… y usar una palabra en inglés. En el modelo de negocio de Orange Claire, la financiación masiva financia la mitad de los costes, es decir, los costes de impresión, el mayor gasto para mí.

Si se llega a más personas con financiación masiva, también hay que tener en cuenta las tarifas de gestión que cobra la plataforma (8%) pero también los regalos a los suscriptores además de las copias. Estas tarifas no existen si usted mismo envía su suscripción porque en este caso la gente no espera regalos pero simplemente no paga los gastos postales. Y los beneficios son muy buenos. En resumen, estos dos vectores complementarios deben ser utilizados.

Fotógrafo, editor, galerías, festivales y lectores cada uno genera una relación única y específica con el libro que termina implicando al resto. Estoy de acuerdo con Habourdin en que es un error contraoponer el libro de fotos a la exposición a sabiendas de que los resultados de la conjunción de ambos pueden ser profundamente más ricos y estimulantes. Pero también comparto la idea de que el libro tiene una capacidad superior o quizás adicional, la pertenencia de un diálogo, ese que se establece no sólo con el contenido si no entre el lector y el autor. Con un libro somos capaces de penetrar en el mundo del autor a nuestro antojo, nos pertenece, lo hemos comprado, lo hemos hecho firmar, quizás conocemos la historia de sus páginas, y aún si nisiquiera llegamos a conocer al autor, es como si de alguna forma pudiéramos entablar una conversación con él / ella mediados por el papel. Francamente, eso, en muy pocas oportunidades se produce en una exposición.
¡Larga vida entonces al objeto libro y a todas esas maravillosas exposiciones en A5, A4, A3 que llegan hasta nosotros gracias a creadores y editores !

Dónde encontrar los libros de Claire Orange :
-Facebook : LesEditionsOrangeClaire
-e-mail : claire@orangeclaire.com
-librerías en París : Le29, Le Monte en l’air

Fensch
Cycle

ENGLISH

The photobook as sensory enhancer, the edition according to Claire Jolin !

Third and last part of the study devoted to the photobook by Olenka Carrasco, who met Claire Jolin, a passionate editor.

When I thought about creating this article, Claire’s name inevitably came to mind. A few months ago, when we were sharing a café, we talked about the sustainability of photo books; we agreed that the power of creating books lies in the direct relationship that is established with the reader, in photo books we are able to build mini bound exhibitions. Then Claire told me her theory about how we are able to use and activate all our senses when we read a book. Her contribution seemed all the more precious to me because she was able to give life to FENSCH, first as a creator, then as an editor. Alternative ways to publish a book, tips and achieving the goal.

OLEÑKA: How long have you been working on creating, editing and publishing photobooks?

CLAIRE: I have worked in the publishing world (especially the press) for over twenty years. But I only launched Orange Claire Publishing in 2017. Thinking about the role I wanted to play as a publisher was not easy. It took me 8 months to clarify that I wanted two things: to promote the artists I love by producing their first edition for them and to make it cost them nothing. Before I started as an editor, I worked on two concrete cases including a book for myself and I quickly saw the limits of self-publishing: it’s very time-consuming! While I was taking on the role of the self-editor, much of my energy was totally absorbed by the multiple technical constraints and financial stress. I didn’t create any new photographs during this whole period.

Once this point was clarified, I worked with a friend on a concrete case: Véronique L’Hoste’s book whose work we knew well. We talked a lot with other publishers (very open during exchanges like ARP Editions, Filigranes…), with authors who have already published and booksellers in Paris and in the provinces. To finally find the right concept, the « PhotosMots » collection. Little books where the universe of two authors, one photographer, the other writer, rub shoulders and where I can experience improbable photo-literary encounters (I dream of mixing heroic fantasy, SF or theatre with photography) ». PhotosMots » makes the big gap between the expectations of the amateurs of author photographs and who appreciate the book-object and the larger clientele of the booksellers rather amateur of literature. This double entry is also intended to be educational because it lets readers perceive that images are read like words.

OLEÑKA: What is your relationship with the book as an object?

CLEAR: A book is the materialization of the photographer’s ideas into a physical, palpable, tactile object! The book is a fabulous sensory enhancer: in addition to the eyes, we touch it, we weigh it, we feel it, we caress the pages, we smell the paper, the ink, we hear the sound of the pages turning… All our senses are in action. The book acts like a madeleine de Proust, it awakens memories all the more powerful as they are not aware. The book puts the reader in the ideal conditions to read the images. When the meaning of the photographic series and the object agree, it is successful.

OLENKA: What does a photo book have more than an exhibition?

CLEAR: Well, I think I’ve already answered this question quite well because an exhibition doesn’t make as much sense (you rarely get to touch a print, what a pity!). There are two other differences for me. The reader’s position already: you lean over the book, look down, lower your guard. Deep in your sofa you isolate yourself from the outside world. Which brings me to the second difference, an exhibition is lived as a collective experience, we are surrounded by people. For me, the exhibition is more like a show experienced by several people (like cinema).
But there is no more or less, it’s just a different experience for the reader-looker.

OLEÑKA: Tell me about your Fensch project, it is a collaborative project that is now a reality thanks to crowdfunding…

CLAIRE: « Fensch » is a photographic fiction about the Valley of the Angels, a steel valley north of Metz, where I was born, where I live and still work today. It is a pretext to reflect on the collective images that we forge to face a not always easy world. I entrusted my images to a graphic designer-poet friend with the mission of writing not a text illustrating them but only to soak up them, free to him to create what he wanted. The universe that emerges from the many little poems he has written is filled with impressions, those of the black of the ink of the industrial characters and landscapes, filled with fleeting shadows and characters he met… As no text was linked to a particular photo, I imagined to make an exquisite corpse, a book-sculpture whose wings open in the middle of the book.

For Fensch crowdfunding: I needed 1.600 € (130 € management fee + 170 € gifts and postage + 1.300 € printing) for 300 copies. With 59 subscribers, we achieved our objective of 109%.

OLEÑKA: In your opinion, is crowdfunding an effective way for photographers to self-publish photobooks?

CLAIRE: Yes, absolutely, crowdfunding is a good way to pre-sell books. But this is nothing new. All publishers have been using subscription-based fundraising for a very long time. Interested readers buy copies before publication at an advantageous price. What is new is to do it on web platforms… and to use an English word. In the business model of Orange Claire Publishing, crowdfunding finances half of the costs, i.e. printing costs, the biggest item of expenditure for me.

If we reach more people with crowdfunding, we must also take into account the management fees that the platform charges (8%) but also gifts to subscribers in addition to copies. These fees do not exist if you e-mailez your subscription yourself because in this case people do not expect gifts but just not to pay the postage. And the feedback is very good. In short, it is absolutely necessary to use these two complementary vectors.

Photographer, publisher, gallery owner and readers, each of them generates a unique and specific relationship with the book that ends up involving the others. I agree with Habourdin that it is a mistake to oppose the photo book to the exhibition knowing that the results of the conjunction of the two can be profoundly richer and more stimulating. But I also share the idea that the book has a superior or perhaps additional capacity: belonging to a dialogue. The dialogue that is established not only with the content but also between the reader and the author. With a book, we are able to enter the author’s world at will, it belongs to us, we bought it, we made it sign, perhaps we know the history of its pages, and even if we do not even get to know the author, it is as if we could start a conversation with him/her through the papers. Quite frankly, this rarely happens in an exhibition.

Long live the book of objects and all these wonderful exhibitions in A5, A4, A3 which reach us thanks to the creators and publishers!

Where to find Éditions Claire Orange’s books :
on Facebook : OrangeClearEditions
by e-mail: claire@orangeclaire.com
in bookshops in Paris: Le29, Le Monte en l’air

Learn more..:
on Fensch published in December 2017
on Cycle published in March 2017

Writer and photographer, Oleñka Carrasco will put her emphasis on the service of Viens Voir once a month, for the discovery of photobooks, artists’ books, photo-text books, but also independent publishers. In short, all trends of the book object. Fanatic about creating stories, she will be our guide to exploring the world of books.

Chroniqueur pour le magazine OAI13, critique et concepteur d’expositions, j'aime toutes sortes de photographies. Et j'explique pourquoi dans ce blog.