Le Salon de Montrouge, défricheur des pratiques artistiques contemporaines

in Découvertes et tendances/Exposition
Thomas Benard raconte comment il recueille ses poussières de météorites

Le salon de Montrouge a ouvert ses portes et plus que jamais, il se pose comme le défricheur des pratiques artistiques du moment. Visite pétillante avec Laure Chagnon, la chroniqueuse qu’on aime retrouver quand pointent les premiers beaux jours.

Ce 64ème salon de Montrouge, toujours orchestré par Marie Gautier et Ami Barak, est un observatoire sensible du monde tel qu’il se profile: mixte, paritaire et international.
On n’y trouvera pas d’injonction directe, d’engagement pesant et autoritaire pour ces 52 artistes, mais des propositions sous forme de questions, comme si le temps n’était plus aux certitudes.
La plupart des oeuvres présentées fonctionnent ainsi en faisceaux d’indices : la fiction et le mythe, les faits avérés, sociétaux ou scientifiques cohabitent.
Les  artistes déroulent ici des préoccupations parfois surprenantes : la disparition d’un oiseau, une histoire de famille, nos déchets dans l’espace ou les muscles du fessier. L’art actuel s’autorise toute les explorations !
On les sent anthropologue, ingénieur du son, sportif, historien, marcheur ou amoureuse, et pas  volontiers prêts à porter la livrée ajustée de l’artiste traditionnel.

Cette année fait la part belle aux installations. De celle de Charlie Aubry, on ne voit d’abord qu’un théâtre d’objets qui nous parle de précarité, de désolation, de solitude. Soudain, le spectateur est réveillé par un séisme brutal qui fait se soulever le sol de la scène. Tout vibre : les assiettes et les verres sales s’entrechoquent , la fuite d’eau se réactive dans un dangereux ballet eau-électricité.
Son talent de programmateur, qu’il met parfois au service de Maguy Marin, lui permet cet opéra de trois sous où lumière, son et même ses propres sous-vêtements  sont savamment orchestrés : un Merzbau 2.0 qui bouleverse.

Charlie Aubry, Going Wrong

Passons au travail complexe et généreux d’Antoine Palmier-Raynaud.Entre une roche qui nous veut du bien, des éléments glanés dans des cimetières, une forme gigantesque censée évoquée la sculpture baroque et qui a le don d’aspirer les petites offrandes du public et une machine à bulle, ici, rien n’est à voir et tout est à croire.Croire au partage, aux énergies qui circulent. Et la foi dans l’oeuvre d’après.

Antoine Palmier-Raynaud, La vertu des brutes

L’installation d’Oussama Tabti (prix des Beaux Arts de Paris) évoque pudiquement les Chabanis, ces monsieurs aux cheveux blancs venus d’Algérie dans les années 60 pour travailler en France. Leurs vêtements suspendus à la cimaise témoignent d’une présence discrète et digne. On est saisi d’une grande émotion devant les dessins de ces hommes à toque d’astrakan, de  frêles traces à peine lisibles qui cartographient  leur minuscules habitations.

Oussama Tabti, Chabani

Avec My terrorist lover, Maria Alcaide aborde, dans un tourbillon de paillettess un sujet politiquement sensible .Amoureuse d’un jeune Algérien et sidérée par la méfiance et le rejet que cette relation suscitait dans son entourage, elle s’est emparée du problème en se créant un personnage de You Tubeuse musulmane. Conseils beauté, sport et hijab: beaucoup d’humour pour un sujet douloureux .

Maria Alcaide, My terrorist lover

Changement d’atmosphère avec Thomas Benard. Ici aucune forme d’expression spectaculaire. Des dessins faits de poussière de météorites, des pierres collectées et concassées. Son travail nous parle de cheminement solitaire, de géologie mythique, d’un temps où l’ homme ne pensait pas l’espace comme un territoire à conquérir.

Floryan Varennes, en historien médiéviste, compose des figures héraldiques en orthèses médicales. Un travail d’une esthétique parfaite qui marie Moyen Age et BDSM. Il réactive ici la réflexion Foucaldienne sur la contrainte qui autorise une vie sociale, mais aussi un accès au plaisir et ou la guérison.

Floryan Varennes, Discipline

Un dernier arrêt  s’impose sur les vidéos de trois jeunes femmes qui nous donnent matière à penser. Charlotte Khouri qui prend la pose en speakerine hallucinée convoquant dans un collage absurde et hyperpoétique, la Défense, le Moyen Age, Nico et Jacques Chirac (!) On rit très fort, on pense beaucoup aussi.

Charlotte Khouri, Investiture coeur d’argent

Quant à Camille Sauer, elle se lance dans une démonstration géométrico-mathématico-philosophico-anthropologique étonnante, à double-lecture autobiographique. Elle dénonce aussi les enfermements socio-anthropologiques et établit l’artiste comme le garant d’une pensée autonome.

 Camille Sauer

Enfin, Mathilde Supe qui, à travers un diptyque vidéo You can’t run from love, confronte le reportage d’un amour mainstream à son analyse sémiologique. Elle offre ici un recul critique face aux stéréotypes visuels. On sort vivifié de l’exposition, peut être grâce à la présence de l’eau qui parcourt le salon passant par une salle de douche, des fontaines, des piscines, une fuite ou un lac mystérieux, mais surtout par la force des propositions présentées.

Formée à l’école des Arts Décoratifs, Laure Chagnon développe sa pratique artistique autour de créations hybrides mêlant photographie, verre et céramique. Elle anime actuellement un atelier libre de céramique à Paris. Elle ne chronique jamais une exposition sans avoir testé la qualité du produit…

 
Le salon de Montrouge se tient jusqu’au 22 Mai, au Beffroi de Montrouge, 2 place Emile Cresp.
Le site du Salon.
A noter : des visites avec un médiateur sont organisées les samedi et dimanche à 15 h