Le meilleur de Paris Photo

David Ducros, rap singer, during the filming of his first clip «One Mic», Tremé, 2014. David was murdered in 2016 at the exit of a Drugstore.

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Paris Photo se tient du 7 au 10 novembre au Grand Palais. Dans la pléthore de propositions, nos explorateurs et exploratrices vous aident à vous frayer un passage.

Si une foire internationale d’art comme Paris Photo n’est ni une addition de projets curatoriaux (comme la Biennale de Venise), ni une suite d’expositions (les Rencontres d’Arles), elle déploie malgré tout un panorama représentatif du paysage photographique international, complété par un secteur consacré au marché de l’édition, à divers prix et récompenses et à des rencontres professionnelles. Et même si la finalité de la foire reste commerciale, elle est révélatrice d’un état des forces économiques en présence, lesquelles sont toujours au soutien des formes (forces ?) esthétiques. Car s’il est courant que le spectateur se questionne sur la dimension politique des oeuvres d’art qu’on lui présente, il ne devrait pas ignorer que les possibilités d’apparition de ces oeuvres dépendent d’un réseau de pouvoir et d’économie qui favorise ou non leur advenue, puis leur visibilité.

Bien révélatrice de ces forces politico-économiques se révèle la répartition des galeries exposantes de cette 23ème édition de Paris Photo : 29 % françaises (53 galeries) 19 % nord-américains (35 galeries) 12 % allemandes (22 galeries) 7 % anglaises (12 galeries) 6 % asiatiques (10 galeries) 3 % Moyen-Orient (5 galeries) 2 % latino-américaines (3 galeries) 2 % africaines (3 galeries)

Une lecture de cette répartition doit évidemment tenir compte de l’implantation parisienne de la foire. Mais elle indique combien l’Europe penche à l’ouest (seulement deux galeries de l’est : une slovène et une hongroise, on a perdu la galerie polonaise), et combien le continent africain souffre toujours de sous-représentation (l’Amérique du sud est d’ailleurs au même niveau de représentation). Ce qui n’empêche pas les artistes africains et sud-américains d’être représentés par des galeries d’autres continents, mais qui ne permet pas localement le même bouillonnement culturel que dans les pays où la chaîne entre écoles d’art, institutions et marché de l’art est continue.

Alors, bien sûr, nous serons à l’affût de quelques galeries dont nous aimons particulièrement la programmation dans cette semaine parisienne, la Galerie Carlos Carvalho (Lisbonne), la galerie Rocio Santa Cruz (Barcelone) ou la Galeria Lume (Sao Paulo).

Parmi les solo ou duo-shows présentés, ViensVoir a ses chouchous. Ainsi, nous aimons autant l’engagement que la force visuelle des photos de Nicola Lo Calzo, dont le projet, Mémoires et persistances de l’esclavage colonial : une enquête photographique 2010-2020, sera présenté chez Dominique Fiat. L’intelligence conceptuelle des images de Lilly Lullay nous passionne autant qu’elle nous séduit dans sa forme (duo-show avec Barbara Probst chez Kuckei + Kuckei. On pourrait presque dire la même chose des assemblages de Malala Andrialavidrazana (galerie Caroline Smulders) mais le propos est bien différent. La galerie londonienne Huxley-Parlour permettra de redécouvrir l’extraordinaire paysagiste qu’est Jem Southam. Enfin, pour celles et ceux qui n’étaient pas à la Biennale de Venise, il faut absolument aller voir le travail photographique de Mari Katayama (galerie Sage). Il faudra aussi un petit tour à la Galerie Sud Africaine Stevenson qui nous présente le magnifique travail de Zanele Muholi (coup de coeur d’Oleñka Carrasco), Viviane Sassen et Hugo Pieter.

©Lilly Lulay, Our Writing Tools Take Part in The Forming of Our Thoughts, 2018,30 x 20 – 200 – 150 cm, courtesy Kuckei + Kuckei

Dans le secteur Curiosa, nous irons voir la Galerie ROF ART, venant d’Argentine, qui nous présente le travail d’Andres Denegri.

Et bien sûr, nous ouvrirons bien les oreilles pour entendre si la situation de la représentation des femmes photographes a changé par rapport à l’année dernière. Ce sera dans le talk, apprendre à voir l’invisible, produire des chiffres, dénoncer les discriminations, travailler à la visibilité des femmes photographes, samedi 9 novembre à 14h. Côté photobooks, nous suivrons les nouveautés de la Livraria Madalena et rendrons visite à RM.

Enfin, ne passons pas sous silence le secteur films dont ce sera cette année la troisième édition, au cinéma MK2 Grand Palais. Le métrage sera court ou long, au gré de l’envie du flâneur qui pourra, entre autres, apprécier A Torre de Salomé Lamas (grand coup de coeur de Silvy) ou rendre un hommage silencieux au cher disparu Robert Frank en regardant le film de Philippe Séclier, presenté par la galerie Les DOUCHES Paris. Et gardez quelques forces pour aller découvrir la Carte Blanche Étudiants 2019, afin d’encourager les nouveaux venus sur le marché de la photo.

Cet article est signé par la Rédaction de Viens Voir : Olenka Carrasco, Silvy Crespo et Bruno Dubreuil

Le site de Paris Photo


 

The best of Paris Photo

Paris Photo’highlights Paris Photo is being held from November 7 to 10 at the Grand Palais. In the plethora of proposals, our explorers help you find your way. If an international art fair such as Paris Photo is neither an addition of curatorial projects (such as the Venice Biennale) nor a series of exhibitions (the Rencontres d’Arles), it nevertheless offers a representative panorama of the international photographic landscape, completed by a sector dedicated to the photobooks, photo awards and professional meetings. And even if the purpose of the fair remains commercial, it reveals a state of economic forces at work, which are always in support of aesthetic forms (forces?).

For if it is common for the viewer to question the political dimension of the pieces presented to him, he should not ignore that the possibilities of appearance of these works depend on a network of power and economy that may or may not favour their occurrence, and then their visibility.

The distribution of the exhibiting galleries of this 23rd edition of Paris Photo reveals the political and economic forces:

29% French (53 galleries)

19% North American (35 galleries)

12% German (22 galleries)

7% English (12 galleries)

6% Asian (10 galleries)

3% Middle East (5 galleries)

2% Latin American (3 galleries)

2% African (3 galleries)

A reading of this distribution must obviously take into account the Parisian location of the fair. But it shows how much Europe leans to the west (only two galleries in the east: a Slovenian and a Hungarian, the Polish gallery has been lost), and how much the African continent still suffers from under-representation (South America is also at the same level of representation). This does not prevent African and South American artists from being represented by galleries from other continents, but it does not allow the same cultural bubbling as in countries where the chain between art schools, institutions and the art market is continuous.

So, of course, we will be on the lookout for some galleries whose programming we particularly like in this Parisian week, the Carlos Carvalho Gallery (Lisbon), the Rocio Santa Cruz Gallery (Barcelona) or the Galeria Lume (Sao Paulo). Among the solo or duo-shows presented, ViensVoir has its favourites. Thus, we like as much the commitment as the visual strength of Nicola Lo Calzo’s photos, whose project, Memories and Persistence of Colonial Slavery: A Photographic Survey 2010-2020, will be presented at Dominique Fiat. The conceptual intelligence of Lilly Lullay’s images fascinates us as much as it seduces us in its form (duo-show with Barbara Probst at Kuckei + Kuckei. The same could almost be said of the Malala Andrialavidrazana blends (Caroline Smulders gallery) but the purpose is very different. The London Huxley-Parlour gallery will allow you to rediscover the extraordinary landscape designer that is Jem Southam. Finally, for those who were not at the Venice Biennale, it is essential to visit the photographic work of Mari Katayama (Sage Gallery). We will also need a short visit to the Stevenson Gallery (South Africa), which presents the magnificent work of Zanele Muholi(Oleñka Carrasco’s favourite), Viviane Sassen and Hugo Pieter.

In the Curiosa area, we will visit the ROF ART Gallery, from Argentina, which presents the work of Andres Denegri. And of course, we will keep our ears open to hear if the situation of the representation of women photographers has changed compared to last year. It will be in the Talk, learning to see the invisible, producing figures, denouncing discrimination, working on the visibility of women photographers, Saturday, November 9 at 2pm. As for photobooks, we will follow the news of the Livraria Madalena and visit RM.

Finally, let us not forget the film sector, which this year will be the third edition at the MK2 Grand Palais cinema. The film will be short or long, depending on the desire of the stroller who will be able, among other things, to appreciate A Torre by Salomé Lamas (Silvy’s favourite) or pay a silent tribute to the late Robert Frank by watching Philippe Séclier’s film, presented by the gallery Les DOUCHES Paris. And keep some strength to discover the 2019 Student White Card, to encourage newcomers to the photo market.

This article is signed by the Editor of Viens Voir: Olenka Carrasco, Silvy Crespo and Bruno Dubreuil

Paris Photo website