Faut-il croire les archives ?

in Découvertes et tendances

Silvy Crespo en détective de choc sur les traces de Ferox, de Nicolas Polli : pépite ou météore photographique ?

« Ferox, The Forgotten Archives, 1976 – 2010 »

English version included below

Il y a quelques mois, au hasard de mes pérégrinations estivales, je tombe sur une maquette de livre intitulée « Ferox, The Forgotten Archives, 1976 – 2010 », réalisée par Nicolas Polli, graphiste et photographe basé à Lausanne.

La couverture, aux allures de monolithe bichromatique, ainsi que le titre, qui n’est pas sans rappeler, à une consonne près, le nom d’une célèbre marque de copieurs, m’intrigue immédiatement. En effet, malgré l’apparente clarté du titre, je suis incapable de comprendre de quelles archives il est question. Qui est Ferox ? Et pourquoi lui consacrer un projet de livre ?

Ma curiosité est piquée. Je me lance dans la lecture des premières pages mais très vite, le jargon technico-scientifique et le manque de temps ont raison de ma bonne volonté. Aussi, je referme la mystérieuse et cryptique maquette, frustrée de ne pas avoir pu trouver une porte d’entrée dans le monde mystérieux de Ferox.

Quelques jours plus tard, je me surprends à repenser à mon échec. Je me plonge alors dans une recherche en ligne, car l’idée d’abdiquer face à un langage incompréhensible m’est inconcevable. Grâce au titre de la maquette, mon enquête me conduit immédiatement sur le site internet de l’International Exploration for the Mars Surroundings (IEMS).

http://iems-ferox.com

Je vais pouvoir assouvir ma curiosité et peut-être, enfin comprendre de quoi il est question. Aussi, je me livre, à mes heures perdues, à une exploration en bonne et due forme du site de l’IEMS.

Il semblerait que l’IEMS ait été une organisation pour la recherche spatiale, opérant entre 1976 et 2010. Cette organisation aurait regroupé de nombreux scientifiques européens mobilisés autour de la recherche de la possible présence d’eau sur Ferox, une lune de Mars. Cette organisation aurait cessé son activité et disparu après avoir fait faillite.

Source : http://iems-ferox.com

Je vous précise, chères lectrices et chers lecteurs, que l’emploi du conditionnel est voulu. En effet, bien que mes connaissances en planétologie soient plus que limitées, je ne me souvenais pas avoir jamais entendu parler d’une lune dénommée Ferox et mes recherches ultérieures ne m’ont pas permis de trouver confirmation de l’existence de ladite lune.

Source : http://iems-ferox.com

A vrai dire, j’irai même jusqu’à vous confier qu’un examen approfondi du site de l’IEMS, et notamment des archives photographiques mises à disposition et utilisées dans l’ouvrage à l’origine de cette enquête, m’ont conduite à m’interroger sur leur véracité.
Une image en particulier m’a interpellée. On y voit une silhouette dont on peut présumer, de par la combinaison, qu’il s’agit d’un scientifique. Cette silhouette, dont la tête est hors champs, se tient près de ce qui semblerait être une météorite feroxite, si l’on en croit le site de l’IEMS.

Source : http://iems-ferox.com

Bien que cette image semble vraisemblable en l’absence d’indices temporels, un détail, en apparence mineur, me trouble, au-delà des incohérences chronologiques relevées par ailleurs dans la section « A propos » du site.

Regardez-bien le coin inférieur droit de la photographie ci-dessus. Si l’on en croit le site de l’IEMS, cette photographie, non datée et portant le numéro 7, aurait été prise entre le 20 mars 1977 et le 14 avril 1997.

Or, les chaussures de notre scientifique sans tête, dont on peut légitimement penser qu’elles portent le nom de la déesse grecque de la victoire, me paraissent bien trop contemporaines. Impression confirmée par une recherche complémentaire dont il résulte que celles-ci auraient fait leur apparition dans le commerce en 2016, année de conception de « Ferox, The Forgotten Archives, 1976 – 2010 ».

Alors, de deux choses l’une : soit les archives Ferox sont vraies, soit elles constituent de vrais faux.

Mais la réponse importe-t-elle vraiment ? Le doute ne serait-il pas bien plus stimulant et instructif que la certitude ? Grâce à la maquette de livre de Nicolas et au site de l’IEMS, j’aurai non seulement eu confirmation qu’il ne faut pas toujours croire ce que l’on voit, mais j’aurais indirectementement étendu le champs de mes connaissances scientifiques quasi-inexistantes.

Alors, Férox, faits réels où intox ?

Source : http://iems-ferox.com

Pour en savoir plus « Ferox, Forgotten Archives, 1976 – 2010 », le site de Nicolas Polli est ici

Silvy Crespo est passionnée par la photographie, l’architecture et les chats. Pour ViensVoir, elle ira dénicher des coups de cœur photographiques aux quatre coins de l’Europe (et même encore plus loin).

English version

Should we believe the archives?
A few months ago, during my summer wanderings, I randomly stumbled upon a dummy book entitled « Ferox, The Forgotten Archives, 1976 – 2010 », designed by Nicolas Polli, graphic designer and photographer based in Lausanne.

The cover, which looks like a bichromatic monolith, and the title, which reminds me of the name of a famous printers’ brand except for one consonant, immediately intrigues me. Indeed, despite the apparent clarity of the title, I am unable to understand what archives it is about. Who or what is Ferox? And why dedicate a book project to it?

My curiosity being tickled, I start reading the first pages, or at least I pretend to do so, because very quickly the technical and scientific jargon, as well as a lack of time, defeat my good will. Also, I close the mysterious and cryptic dummy book, frustrated by my inability to find a doorway into the mysterious world of Ferox.

A few days later, I find myself thinking about my failure. Also, I embark on an online search since the idea of abdicating in front of an incomprehensible language is inconceivable to me. Thanks to the title of the dummy book, my investigation leads me immediately to the website of the International Exploration for the Mars Surroundings (IEMS).
Now I will be able to satisfy my curiosity and perhaps understand finally what it is about. Also, in my spare time, I engage in a full exploration of the IEMS website.

It seems that IEMS was an organization for space research, operating between 1976 and 2010. This organization would have brought together many European scientists mobilized around the search for the possible presence of water on Ferox, a satellite surrounding Mars. This organization would have ceased its activity and disappeared after it went bankrupt.
I would like to tell you, dear readers, that the use of the conditional is intended. Indeed, although my knowledge of planetology is more than limited, I do not remember ever hearing of a satelite named Ferox and my later research did not allow me to find confirmation of the existence of such satellite.

In fact, I will even tell you that in-depth examination of the IEMS site, and in particular the photographic archives made available and used in the book that initiated this inquiry, led me to wonder about their veracity.

One image in particular challenged me. It shows a silhouette that can be assumed to be that of a scientist because of the white suit. This silhouette, whose head is off-field, stands close to what appears to be a feroxite meteorite, according to the IEMS website.
Although this image seems credible in the absence of temporal clues, a detail, which seems minor, troubles me, beyond the chronological inconsistencies noted elsewhere in the « About » section of the website.

Look at the bottom right corner of the photograph above. According to the IEMS website, this undated photograph, numbered 7, was taken between March 20,1977 and April 14,1997.

However, the shoes of our headless scientist, whom we can legitimately assume to bear the name of the Greek goddess of victory, seem to me to be far too contemporary, an impression confirmed by a complementary research from which it results that these shoes would have been released in 2016, the year of « Ferox, The Forgotten Archives, 1976 – 2010 » was designed.

Thus, either the Ferox archives are true or they are truly false.
But does the answer really matter, because often doubt is much more stimulating and instructive than certainty. Thanks to Nicolas’s dummy book and the IEMS website, not only did I have confirmed that one should not automatically believe what one sees, but I have also extended the field of my almost non-existent scientific knowledge.

So, Ferox real facts or fake news?