Poetic pottery : Ceramics Now à la Galerie Italienne !

Ememem – CERAMICS NOW 2021 © Marco Illuminati

Notre ceramiquista Laure Chagnon est de retour avec sa verve et son enthousiasme contagieux, enchantée par sa visite à la Galerie Italienne pour le rendez-vous de la céramique contemporaine.

Le quartier autour de la bourse du travail à Paris semble s’être réveillé du long sommeil dans lequel il était plongé depuis le départ des jeunes gens modernes et autres punks dans années 80.
A son réveil tout est devenu plus propre, plus chic, moins gai sans doute ; mais si vous y flânez, ne manquez pas la Galerie Italienne, qui présente actuellement Ceramics Now.
Vous y verrez le travail de céramistes venus du monde entier, prêts à pousser les portes des collectionneurs et des grandes fondations.

Tamara Van San 1 – CERAMICS NOW 2021 © Marco Illuminati

Un inspirant catalogue plastique

Une vaste exposition qui affirme la place de la céramique dans l’art contemporain, émancipée de l’artisanat et des petits formats.
Les propositions sont parfois un peu conventionnelles par leur fausse naïveté et un ‘‘mal fait’’ autorisé mais elles nous mettent en contact avec l’infinité de matières, textures, couleurs, formes que permet le matériau.
Plis, coulures, couleurs euphorisantes, matières brutes fraîchement sorties du sol, glaçures impeccables, l’exposition déroule un inspirant catalogue plastique.

Park Jongjin © JongJin Park Stratum patch, 2021

Il y a aussi ici une occasion de penser la place de la statuaire, de l’objet symbolique, de la domesticité des œuvres d’art dans nos vies.
Certains de ces objets fonctionnent comme les bornes, totems et peut-être boulets d’un monde dématérialisé (un clin d’oeil au travail de Zizipho Poswa..).

©Johan Creten, The Secret History of Social Justice, 2021

Mais que célèbrent ces nouveaux monuments ?
Pourquoi avons nous besoin de ces propositions tangibles et presque éternelles ?
Les oeuvres en céramique ont une pérennité grisante qui engage les artistes.
On pense avec un frisson d’effroi (ou de plaisir transgressif ) à l’oeuvre photographique d’Ai Weiwei qui brise avec désinvolture un précieux vase en porcelaine vieux de deux mille ans.

Ai Weiwei – Dropping a Han Dynasty Urn (1995)

Le corps de l’artiste
et les éléments

Cette pratique n’est pas sans impact sur l’environnement mais elle implique le corps des artistes
avec la matière et les éléments naturels, terre, eau, feu.
Elle active un retour aux sources de l’art et se pose en rebelle face à la numérisation du monde.
En low tech rassurante, elle nous rappelle que nos sociétés sont des colosses aux pieds d’argile.
Certains artistes vont plus loin encore en travaillant les qualités ontologiques de la terre.
Le propos n’est plus formel mais exprime le désir de se reconnecter avec la nature vitale
du sol.
Ainsi Karine Bonneval nous invite-t-elle à écouter la terre et ses habitants (végétaux, bactéries..) grâce à ses cornets d’argile posés sur différents échantillons de sols.

Ecouter la terre, 2016 © Karine Bonneval

 

Tiphaine Calmettes, elle, utilise dans ses performances sa céramique sauvage comme support
à des repas initiatiques où four à céramique et four à pain communient en foyers rituels.
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Les artistes n’ont décidément pas fini d’utiliser ce matériau qui évolue grâce à certaines nouvelles technologies et dont la nature-même questionne notre relation au monde naturel, sujet si présent dans l’art actuel.

L’exposition Céramic now est à voir jusqu’au 17 Juillet à La Galerie Italienne, 15 rue du Louvre à Paris.
Karinne Bonneval expose à Terre Dièse, jusqu’au 3 Octobre à la Briqueterie, Langueux.
Tiphaine Calmettes est au Centre international d’art du paysage Île de Vassivière jusqu’au 5 septembre.

Formée à l’école des Arts Décoratifs, Laure Chagnon développe sa pratique artistique autour de créations hybrides mêlant photographie, verre et céramique. Elle anime actuellement un atelier libre de céramique à Paris.